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Burundi : 3 ème édition de la semaine de la diaspora. Quels enjeux ?

 La 3e édition de la semaine de la diaspora burundaise vient de se tenir à Bujumbura, du 22 au 27 juillet sous les auspices du gouvernement du Burundi à travers le ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale.  Des ateliers, des conférences et des informations sur les stratégies envisageables pour développer le pays ont été animés par certains membres de la diaspora présents à Bujumbura ainsi les représentants du ministère des Affaires Etrangères.

La diaspora burundaise vue comme levier de développement pour le pays.

En pleine crise diplomatique conséquente à celle de 2015, le gouvernement du Burundi organise, depuis 2016, une semaine dédiée à la diaspora burundaise.

Pour le Gouvernement, il s’agit d’une occasion en or qui est offerte à la diaspora burundaise pour agir en faveur du développement de leur pays. Les éditions de la semaine de la diaspora s’inscrivent dans le cadre de la politique nationale de la diaspora. Il s’agit d’un document stratégique qui retrace les missions de la diaspora burundaise dans le pays, ses droits et ses devoirs.

Cette politique s’engage à « prendre en compte les besoins et les aspirations de la diaspora et maximiser sa contribution au développement du pays. Elle se propose également d’améliorer la communication et la connaissance de la diaspora, de reconnaitre les apports de la diaspora dans le développement du pays, de valoriser le capital social, économique et humain de la diaspora ainsi que d’encourager et renforcer la coopération bilatérale en matière de migration et développement ».

Cette politique nationale de la diaspora avait été adoptée par le conseil des ministres du 21 au 22 janvier 2016. La seule recommandation ayant été formulée étant d’analyser profondément la question de double nationalité.

Une diaspora qui accuse de grandes différences idéologiques

Les affaires semblent pourtant bien marcher pour les éditions de la diaspora burundaise. Tenues chaque fois à Bujumbura, ces éditions voient souvent la présence d’une représentation dense mais moins variée de la diaspora.

Selon cette délégation, les différentes tendances de la diaspora font qu’il y ait des disparités dans les réalités du pays.  D’ailleurs, cela ressort du rapport de la Conférence nationale de la diaspora burundaise tenue à Bujumbura en Août 2012 ou les participants indiquaient que « la diaspora burundaise est invitée à parler du bien de son pays d’origine au lieu d’être parmi ceux qui le salissent »

 Il s’agit d’une forme d’interpellation qui est lancée à la diaspora car le gouvernement avait jusque là besoin d’une image forte du pays en dépit du climat politique qui prévoyait à cette époque.   

Cette différence dans la lecture des faits sous-tend une autre réalité au niveau de l’ensemble de la diaspora. En effet, dans ledit rapport, il avait été décidé « la constitution d’un fonds de financement des projets alimentés mensuellement par chaque membre de la diaspora en raison de trois dollars/ou trois euros »

Cette initiative de la diaspora, trois euros, trois dollars allait servir de base pour des cautions ou pour la réalisation de projets de la diaspora en faveur du Burundi sur le plan national ou provincial.

Or, jusqu'à maintenant, aucune édition n’a présenté l’issue de cette initiative. On pourra dire qu’il s’agit seulement des rencontres « aux belles paroles » car les réalisations sont moins évidentes. A part que la Banque de la République du Burundi estime dans ses statistiques, que « la diaspora a transféré 256, 420 millions de USD entre 2005 et 2010, sans oublier le potentiel intellectuel de la diaspora », lit-on dans le même rapport.

Il s’agit cependant des statistiques qui ont été établies avant la mise en place de cette politique nationale de la diaspora. Actuellement, on ne trouve pas aucune indication sur la suite de ce projet.

L’autre problème est que l’ensemble de la diaspora présente à Bujumbura est accusé par le reste de la diaspora, de servir le parti au pouvoir.

Ainsi le journal en ligne Yaga parle aussi bien de ces divisions internes à la diaspora burundaise. « la diaspora burundaise est clivée et n’émet pas sur la même longueur d’onde quand il s’agit des affaires qui concernent leur « royaume du tambour ». Les crises politiques répétitives aidant, cette diaspora ne parvient pas à parler d’une seule voix, ne fut-ce que sur des questions économiques (…). Sous d’autres cieux, le rôle de la diaspora dans le développement n’est plus à prouver. Mis à part les transferts d’argent, leur savoir-faire se révèle être d’une importance capitale.

C’est vrai, au Burundi, l’on ne saurait pas nier l’existence des initiatives de la diaspora, mais son caractère disparate n’arrange pas les choses. Cette désunion de la diaspora est certes à mettre au crédit d’abord d’elle-même. Toutefois, il faut aussi chercher du côté des pouvoirs publics qui, des fois, entretiennent ces divisions et ne font quasiment rien pour changer la donne ».

Mais, il faut le dire aussi, tant que la crise politique actuelle restera pendante, difficile d’espérer des exploits de la diaspora, une diaspora divisée à l’image de leurs compatriotes restés au pays. Il faudra que le gouvernement s’engage visiblement pour que cette crise prenne fin s’il veut réellement voir le rôle de la diaspora tel qu’il l’avait pensé dans sa politique nationale de la diaspora. En dehors de cette situation, ces « semaines de la diaspora » risquent d’être improductives.

Des grands enjeux

Financée à hauteur de 19 millions de francs Bu par le parti au pouvoir, et solennellement inaugurée par le Premier Vice-président, Gaston Sindimwo, un pas vient d’être franchi : la 3ème édition de la semaine de diaspora accepte de financer la 3ème édition du festival PAMOJA.

Les membres de la diaspora présents à Bujumbura s’engagent à organiser cet événement à commencer par l’édition Miss-Burundi 2018.

Pour cette troisième édition, « la gagnante aura un véhicule, mais aussi une parcelle de 4 ares dans la province de Gitega », comme l’indique Amine El Kosseifi, patron du Burundi Events.

Il s’agit d’une avancée, du moins d’un début d’engagement concret car « il faut une identification des projets communs et prioritaires de la diaspora, comme l’indique Japhet Legentil Ndayishimiye, le Président de l’Action Internationale de la Diaspora Burundaise (AIDBU), une organisation de la diaspora proche du CNDD-FDD.

 Tout de même, l’on attend encore de grandes réalisations de la diaspora par rapport aux besoins urgents du pays tels que la faim, le chômage, la pauvreté, etc. En outre, les enjeux pour cette édition sont de taille : le positionnement et la visibilité politique comptent beaucoup pour certains membres de cette diaspora à l’approche des élections de 2020.

Prévu au mois de mars 2019, le Congrès du parti de l’aigle aura à désigner le successeur de Nkurunziza. Et ceci pourrait influencer les éditions ultérieures. Parce que certains membres de la diaspora auront à prendre le moindre de risques : celui de se ranger du côté du plus fort tant qu’ils auront toujours besoin de protéger eux-aussi leurs intérêts dans le pays. 

Certes, les membres de la diaspora, soucieux d’un bon climat d’investissement au Burundi, devraient aussi s’engager pour qu’il y ait une plate-forme commune entre la diaspora toute entière et les décideurs politiques de ce pays.

 « Quand les enjeux engagent la conception éthique du bien commun, il est bon de rappeler que l’humanisme et la liberté ne se contentent jamais et que ces deux vertus supérieures de la grandeur humaine ne peuvent avoir pour espace que l’horizon infini de l’univers », estime Louis-Michel, député européen et Président de l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE.

Steve Baragafise


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