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Burundi : l'ONU toujours préoccupée par l'aggravation de la crise au Burundi

Le Sénégalais Doudou Diène s’inquiète de l’intensité de graves violations des droits de l'homme au Burundi. Président de la commission d’enquête indépendante sur Burundi, c’est mercredi 27 juin qu’il présente son rapport d'étape, devant le Conseil des droits de l'homme, trois mois avant la fin de son mandat .

Le sénégalais Doudou Diène préside la commission d’enquête de l’ONU sur la situation des Droits de l’Homme au Burundi. Selon lui, cette commission de l'ONU n'a toujours pas eu le droit d'enquêter sur le territoire burundais. Mais son président assure qu'ils ont pu malgré tout interroger en tête à tête ou par téléphone plus de 380 victimes ou témoins burundais en exil ou à l'intérieur du pays, au cours des trois derniers mois.

Selon Doudou Diène, le constat amer est que les violations des droits de l’Homme et les atteintes s’aggravent au Burundi. Il a fait le contour de toutes les questions des droits de l’homme au Burundi tout en déplorant le fait que le gouvernement du Burundi n’a jamais voulu collaborer pour l’équilibre des enquêtes car il a été interdit de séjour à Bujumbura, ses enquêteurs et lui-même lors d’une tournée d’investigation dans la région des Grands-Lacs.

Dans des circonstances pareilles, le gouvernement rétorque que ces rapports de l’ONU sont truffés sans produire le moindre contre-rapport. C’est ce comportement d’autosatisfaction qui rend mois crédibles ses positions car, avance-t-il, c’est la souveraineté du pays qui vient au dessus de tout.

Rénovat Tabu, ambassadeur du Burundi à Genève estime que  « Le langage et le contenu subjectif de ce rapport s'écarte cruellement de la qualité d'un travail scientifique et objectif qui devrait être le résultat d'un juriste aguerri que prétend être le président de cette commission. Bref, un tel expert au langage de berger n'a pas le mérite d'accomplir un travail qui honore le conseil des droits de l'homme. »

En effet, le rapport de SOS-Torture qui couvre la période du 5 au 12 mai 2018 concernant les cas de violations et atteintes des droits de l’homme au Burundi montre qu’au  moins trente (30) personnes ont été assassinées au cours de la période, dont vingt-six (26) personnes assassinées par un groupe armée non encore identifié sur la colline Ruhagarika, commune Buganda, Province Cibitoke (Nord-ouest du pays). L’attaque aurait fait également une dizaine de blessés.  

 Les agressions contre des militants de l’opposition rapportées depuis quelques mois, visant notamment ceux du parti FNL des fidèles du député Agathon Rwasa, n’ont pas diminué d’intensité. Au moins vingt-trois (23) militants de ce parti ont été victimes de bastonnades, de tortures et d’arrestations arbitraires dans différentes localités.

La plupart des victimes ont été agressées par des membres de la milice imbonerakure que l'ONU qualifie de milice, dans la « machine répressive » mise en place depuis 2015.

 « Les Imbonerakure quadrillent le pays, renseignent les services étatiques sur la présence d'opposants réels ou supposés dans chaque localité et sur claque colline, harcèlent, contrôlent et intimident la population », assène Lucy ASUAGBO, l'une des enquêtrices de cette commission.

Les Imbonerakure sont accusés également de mener des actions de polices en dehors du cadre légal, des campagnes de recrutements forcés ou encore des collectes forcées aux élections de 2020.

Des allégations de poids dans la mesure où la CNIDH a été rétrogradé.

Lewis MUDGE, chercheur pour Human Rights Watch, avait déjà dénoncé, en avril dernier,  la reprise en main par Bujumbura de cet organe national de défense des droits humains.

« Fin février, la CNIDH a été officiellement rétrogradée par le sous-comité d’accréditation de l’Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme, chargé d’évaluer l’efficacité et l’indépendance des organes nationaux chargés des droits humains. Le statut de la commission burundaise est passé de « A » à « B ». Ce qui lui a fait perdre son droit de vote dans les réunions internationales. Cela affectera également le soutien financier des bailleurs de fonds internationaux. Au-delà, cette dévaluation a des significations bien plus profondes et illustre la plongée du pays dans la crise »

Au cours des trois dernières années, plusieurs centaines de personnes ont été tuées et d’autres ont été torturées ou fait l’objet de disparitions forcées. Les médias indépendants et les ONG ont été décimés et près de 400 000 personnes ont fui le pays. Les organisations de la société civile, qui exerçaient un contrôle sur le gouvernement, ont été démantelées. La plupart des défenseurs des droits humains sont partis. Certains de ceux et celles qui sont restés, comme Germain Rukuki, ont payé un terrible tribut. M. Rukuki a été arrêté en juillet 2017 puis accusé d’« atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat » et de « rébellion ». Son procès a été perçu par les organisations de défense des droits humains comme une attaque directe. Germain Rukuki était membre de l’organisation « Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-Burundi) » qui a mené des enquêtes et un travail de plaidoyer avant et pendant les violences de 2015. Elle a été fermée par le gouvernement en octobre 2016, comme plusieurs autres groupes de défense des droits humains.

Steve Baragafise


Journal Ukuri n°138

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