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Burundi: L’UE organise une table ronde sur le Burundi

 

Ce lundi 4 Juin, il se tient une table ronde au parlement européen sur le Burundi. Cette table ronde fait suite a la gravité des violations actuelles des droits de l’homme issues de la crise politique et sécuritaire que traverse le pays après la tenue du referendum controversé de 17 Mai.  A une semaine du referendum, l'Union européenne se disait  « vivement préoccupée par la situation des droits humains » et « le manque d'information officielle publique sur les éléments clé du projet de Constitution ».  

Federica Mogherini, diplomate en chef de l’union européenne déclare que : « Le processus actuel va à contre-courant des efforts en cours de médiation et de facilitation d’un dialogue politique inter-burundais ». L’UE critique une campagne électorale menée dans « un climat d’intimidation et de répression » et marquée par la « persistance d’exécutions extrajudiciaires et d’arrestations arbitraires ». Federica Mogherini a notamment cité le cas de Germain Rukuki, activiste condamné à 32 ans de prison le 26 avril dernier. Pour l’opposition burundaise, comme pour l’Union européenne, cette nouvelle constitution met en péril l’accord d’Arusha signé en 2000 et dont l’UE est un des garants. Cet accord, compromis politique historique, avait mis fin à des années de guerre civile au Burundi.

Au centre des débats : une évolution inquiétante des droits de l’Homme 

Dans un contexte où les mécanismes nationaux censés protéger et promouvoir les  droits de l’homme ne fonctionnent pas ou sont en deçà des normes, surtout dans un contexte d’impunité et d’instrumentalisation de la justice, les violations des droits de l’homme ne peuvent que se poursuivre et se systématiser. La campagne de terreur instaurée pour faire voter au forceps le projet de constitution constitue un facteur aggravant.

Déjà, à deux mois du referendum,  SOS-Torture a répertorié  26 assassinats,  26 cas de torture, 226 arrestations arbitraires, 29 arrestations illégales, 15 cas de disparitions forcées et 10 tentatives d’assassinats.  Dans tous ces cas, les principales victimes sont constituées par les membres des partis de l’opposition politique, et de façon particulière les militants du FNL, fidèles à Agathon Rwasa, et également en ce qui concerne les disparitions forcées, les membres des ex-FAB (Forces Armées Burundaises), retraités ou en activité.

Cette situation est conséquente à un long travail de conscientisation politique faite par les hautes autorités du pays. Presque un mois avant le lancement  du référendum, le 12 décembre 2017, Pierre Nkurunziza a marqué les esprits dans un discours prononcé le 18 novembre 2018 à Cibitoke, lors de la célébration de la journée du combattant. Dans ce fameux discours, il annoncé que « le premier imbonerakure est Dieu.  Comploter contre les Imbonerakure, c'est aller contre la volonté de Dieu, car Dieu aime les enfants, la jeunesse. C'est aussi lutter contre le Cndd-Fdd, car nous tous au parti, nous avons commencé comme Imbonerakure ».

Le Président a en outre exprimé son total soutien aux imbonerakure en ces termes « Les responsables de votre parti au haut niveau vous soutiennent face aux accusations qui pèsent contre vous. Ne vous en faites pas, on est et on sera toujours avec vous ! Encore plus, Dieu, le tout puissant, est avec vous. Il est même un de vous. Chers Imbonerakure, vous avez la fibre divine! » Ce jour-là, le Président a beaucoup parlé de Dieu et du ciel.

C’est ainsi qu’il a averti quiconque serait tenté de s’opposer au changement de la constitution en ces termes « Ce n’est pas un jeu, c’est très sérieux, il faut leur donner un lasser passer. On se rencontrera au ciel. »Cette ligne dure a été confirmée et renforcée à Bugendana. Le Président a averti que celui qui osera s’opposer au projet de constitution aura dépassé la ligne rouge.

Lors de la campagne pour le référendum le 2 mai 2018 à Gitega, le discours du Président était plein de menaces : « Qu’il soit burundais ou étranger, celui qui va se mettre en travers de ce scrutin, je vous le dis, il aura affaire à Dieu, et Dieu qui est au ciel est témoin ici. Mais je sais qu’il y a des gens sourds à ces messages, qu’ils essayent seulement. »

Les avertissements émis dans les différents messages s’adressent aux opposants politiques et à tous ceux qui seraient tentés par le refus de la modification de la constitution. Mais certains messages sont aussi spécifiquement adressés à des membres du parti CNDD-FDD, tentés par la fronde. Ce type de messages laisse penser à un possible chasse aux sorcières même après le référendum.

Selon Aimé Magera, porte-parole du parti FNL, aile dirigée par Agathon Rwasa, au moins 130 militants de la Coalition Amizero y’Abarundi ont fait objet d’arrestations illégales pendant la campagne électorale qui s’est clôturée deux jours avant la tenue du référendum du 17 mai 2018. A son tour, Hon. Agathon Rwasa, Président de la Coalition Amizero y’Abarundi, dans sa déclaration rendue publique le lendemain de la tenue du référendum, énumère de multiples atteintes aux droits et libertés de ses membres et dénonce le climat d’intolérance et d’impunité qui est promu par le parti au pouvoir. Le plus épatant des dossiers de massacres d’après ce referendum est le carnage de Ruhagarika, en Province Cibitoke dont l’Etat et les mouvements rebelles peinent à revendiquer jusqu'à maintenant. 

L’Opposition et la société civile sont continuellement muselées.

 

L’opposition au troisième mandat a mobilisé des franges importantes de l’opinion burundaise et internationale. Parmi celles-là, il y a l’Eglise catholique, les partis politiques de l’opposition, des organisations de la société civile et même des membres du CNDD-FDD. 

Cette vague d’alerte a également touché les services de renseignement dont la direction a rendu public un rapport adressé au Président Pierre Nkurunziza, le mettant en garde sur les risques encourus par le paysan cas où il se présenterait à un troisième mandat, contrairement au prescrit de la Constitution du Burundi et à l’Accord d’Arusha. Il en a été de même pour plusieurs partenaires du Burundi dont les Etats Unis d’Amérique la Belgique, les membres de l’Union Européenne et l’Union Africaine.

L’opposition au troisième mandat a mobilisé une action diplomatique inédite au Burundi, avec un ballet de hauts dignitaires des pays partenaires et des organisations internationales. Cependant, leurs messages se sont heurtés à l’obstination et l’arrogance de Pierre Nkurunziza. 

Le climat politique qui a prévalu depuis 2010 lorsque certains partis de l’opposition ont boycotté les élections, la répression qui a suivi et qui a principalement visé les membres des FNL, et dans une certaine mesure ceux du MSD, les abus des droits humains, le harcèlement judiciaire des opposants, des médias et de la société civile, l’état de pauvreté et le chômage spécialement des jeunes ; le recrutement, l’enrôlement et l’entrainement paramilitaire de la milice Imbonerakure ont créé un contexte de peur, de malaise généralisé et subséquemment une volonté manifeste d’alternance politique et de changement véritable. Les manifestations massives et spontanées de liesse populaire suite à la libération de Pierre Claver Mbonimpa, et de façon plus impressionnante le 19 février 2015 lors de la libération de Bob Rugurika, en sont des expressions emblématiques. Elles furent ressenties comme une démonstration du ras-le-bol contre les atteintes aux libertés et un avertissement que la population était prête à défendre la démocratie et ses acquis. 

Depuis le début de la contestation, la répression policière combinée aux exactions de la milice du parti au pouvoir, la tristement célèbre Imbonerakure, a déjà causé la mort de plus de 500 personnes, plus d’un millier de blessés, et plusieurs milliers de personnes ont été arbitrairement arrêtés dont plus de trois mille sont détenus, souvent après avoir fait l’objet de tortures ou d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. La crise a également provoqué l’exil de plus de 218 000 réfugiés, mais de nombre aux Burundais qui sont au pays, vivent dans la peur car chaque jour emporte avec lui son lot de morts et blessés, des torturés, exécutés et disparus dont le nombre exact reste inconnu. Car, selon plusieurs sources, des fosses communes existeraient dans plusieurs coins du pays. 

Chaque jour qui passe, montre la détermination du pouvoir, d’en découdre avec les opposants au troisième mandat, en se livrant à des arrestations sélectives, massives, l’exécutions extrajudiciaire des personnes arrêtées, et l’ensevelissement des victimes dans des fosses communes, pour effacer toutes les preuves, à l’insu des familles. L’attaque de quelques camps militaires, le 11 décembre 2015, a servi de prétexte au pouvoir,  pour arrêter et exécuter des centaines de jeunes des quartiers de Nyakabiga, Musaga, Ngagara, Jabe de Bujumbura, et d’autres des communes Mugongomanga et Mukike. 

La répression continue sur le terrain, les principales organisations de la société civile font constamment l’objet de harcèlement. En raison de menaces de mort certains des leaders ont dû prendre le chemin de l’exil. Au cours du mois de novembre, certaines associations qui se sont illustrées dans l’opposition au troisième mandat ont vu leurs activités suspendues, leurs comptes bancaires bloqués ainsi que ceux de certains de leurs dirigeants. De plus, les passeports de quelques leaders de la société civile font l’objet de signalement abusif dans le but de limiter leur mouvement.

Dans cette dérive répressive, les médias indépendants ont payé un lourd tribut, leur sièges ont fait l’objet de destruction méchantes par les forces de police au service du pouvoir, et les journalistes sont menacés, pourchassés, voire tués. Il leur est désormais impossible d’exercer librement leur métier au Burundi. L’objectif ultime de ces actions est d’assurer au pouvoir de poursuivre ses actions criminelles, sans témoins. 

L’UE- Burundi : grand acteur dans la résolution de la crise du 26 Avril

Les divers efforts de médiation sont en progrès depuis avril 2015, dirigés principalement par l’Union africaine et les Nations Unies. Ceux-ci n’ont pas réussi, cependant, à dissuader Pierre Nkurunziza de sa détermination à rester au pouvoir à tout prix jusqu’en 2034. La résistance déterminée de Nkurunziza à la diplomatie et à la raison, même au risque de précipiter une nouvelle guerre civile et de bouleverser tous les progrès que le Burundi avait accomplis sur les dix dernières années, ont mené plusieurs burundais à conclure que la seule pression à laquelle il répondra sera la force militaire. Il en va que la France, un des pays diplomatiquement influents de l’union européenne aille jusqu'à craindre le pire pour la minorité tutsi :’’ le système institutionnalisé de partage du pouvoir entre les composantes communautaires est remis en cause, tandis que les mécanismes visant à protéger la minorité tutsie disparaissent.’’  

Bien plus, le programme indicatif national du 11ème FED (2014-2020) prévoit 422 M€ pour la stratégie de coopération de l’Union européenne au Burundi (consolidation de l’Etat de droit et sortie de la fragilité pour 143 M€, énergie pour 105 M€, santé pour 87 M€, appui au développement rural durable pour la nutrition pour 80 M€). Ces quatre secteurs de concentration sont accompagnés par une mesure de renforcement des capacités de la société civile (7 M€). Cependant, la crise politique du 26 Avril a conduit l’Union européenne à ouvrir des consultations avec le Burundi conformément à la procédure prévue par l’article 96 de l’accord de Cotonou, en cas de non respect des éléments essentiels de l’accord que sont les droits de l’Homme, les principes démocratiques et l’Etat de droit. A l’issue de ces consultations, l’Union européenne a suspendu les aides financières directes l’administration burundaise, tout en maintenant son soutien financier à la population et son aide humanitaire.’’ Cette décision est réexaminée régulièrement, au moins tous les six mois, grâce à des missions de suivi du Service européen pour l’action extérieure. Le retour au respect de l’accord de partenariat de Cotonou, par le Burundi, conditionnera la normalisation de la coopération.

Coup pour coup, le relations entre l’UE et le Burundi sont allées de mal en pis. Dans un communiqué sorti le 5 Juin 2017, le Burundi accuse l’Union européenne de déstabilisation. Le gouvernement burundais affirme détenir des documents qui montrent que l'Union Européenne a joué un rôle dans la crise qui secoue le pays depuis 2014. Les documents en question rapportent des faits « graves », qui datent de 2014 et qui sont imputables à la délégation de l'Union européenne à Bujumbura.

Les faits, précisent le communiqué du gouvernement, remontent à plusieurs mois avant l'insurrection et la tentative de coup d'Etat de mai 2015. L'Union Européenne aurait, soutient encore le pouvoir, financé des personnes physiques ou morales impliquées dans la déstabilisation du Burundi.  Le document souligne que ces personnes sont sous mandat d'arrêt international émis par la justice burundaise. A en croire Bujumbura, ces révélations s'ajoutent à d'autres éléments qui poussent le gouvernement burundais à penser qu'il y a une main étrangère qui cherche à saboter le processus qui a conduit aux élections de 2015. Des accusations que réfutent en bloc l’Union européenne ; “Avec nos collègues de l’UE, nous avons tous une approche commune avec certes des styles différents. Mais nous avons la même approche. Elle consiste à vouloir améliorer nos relations avec le Burundi et à indiquer aux autorités burundaises et aux représentants du Burundi les circonstances, les sujets et dans certains cas, les conditions pour permettre à ces relations de devenir aussi belles que possibles”, confie un diplomate européen a africanews.

Depuis le début de la crise politique au Burundi en 2015, Bruxelles condamne couramment des “actes de violence, répression ou incitation à la violence et actes constituant de graves violations des droits de l’homme”. En retour, Bujumbura accuse ses détracteurs de soutenir l’opposition en exil. Et comme le pouvoir burundais fait face à une grave crise économique, il en veut énormément à l'Union européenne qu'il pense être derrière toutes ses difficultés.

Steve Baragafise

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Journal Ukuri n°135

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