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Burundi: la France plaide pour la protection des minorités au Conseil de Sécurité des Nations Unies

Le 24 mai, l’envoyé spécial du Secrétaire général pour le Burundi, M. Michel Kafando appelle devant le Conseil de sécurité, les autorités burundaises à relancer le dialogue politique, en prévision notamment des élections de 2020. Et une semaine avant, jour pour jour, le 17 mai, il se tient un référendum constitutionnel au Burundi qui vise à renforcer les pouvoirs du président Pierre Nkurunziza. La France, qui n’a pas vu dans la réforme constitutionnelle un moyen de résoudre la crise, a considéré que la révision de la constitution introduit des modifications qui vont à l’encontre de l’Accord d’ Arusha, « colonne vertébrale d’une décennie de paix au Burundi ».  Dans cette cession, la délégation française a aussi relevé que le système institutionnalisé de partage du pouvoir entre les composantes communautaires est remis en cause, tandis que les mécanismes visant à protéger la minorité tutsie disparaissent. 

Le référendum du 17 Mai, un événement qui ne fait pas l’unanimité au CSU

Le cas du Burundi a été effectivement abordé au  Conseil de sécurité des Nations unies ce 24 mai. A cette occasion, la Fédération internationale de la ligue des droits de l'homme (FIDH) et la ligue ITEKA au Burundi avaient publié une note sur la situation dans le pays avec des recommandations à destination des diplomates onusiens. Elle parlait du référendum qui allait se dérouler le 17 Mai pour décider d'un changement de Constitution qui permettrait, entre autres, au président Pierre Nkurunziza de se représenter pour deux nouveaux mandats.

Joint par RFI, Florent Geel, directeur du bureau Afrique de la FIDH, explique que « le référendum avait pour but essentiel le contrôle et le maintien au pouvoir du régime actuel et de son président, et ce par tous les moyens. Les moyens qui sont utilisés aujourd’hui au Burundi sont ceux sont qui sont utilisés depuis trois ans d’ailleurs, c’est pourchasser tous ceux qui pourraient être dans une vision contestataire, poursuit Florent Geel. Vous avez un régime qui enrôle de force la population, oblige les gens à voter et à voter en faveur du référendum. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit très probablement pour changer la donne adopter des sanctions individuelles et ciblées contre les membres du régime politique, mais également de l’armée, de la police et des milices Imbonerakure, qui sont responsables des  crimes qui sont commis au Burundi, et tenter de les amener à la table des négociations et de relancer un dialogue politique pour avoir une issue politique à cette crise. Car c’est une crise avant tout politique ». 

A leur tour, les pays se sont exprimés sur la crise politique qui sévit au Burundi depuis trois ans. Les États-Unis ont mis en garde contre des amendements constitutionnels tendant à « consacrer la concentration des pouvoirs », évoquant les cas de « ces dirigeants qui prolongent indéfiniment leurs mandats », une situation qui conduit inévitablement vers l’instabilité.  La Côte d’Ivoire a, pour sa part, déploré l’absence de consultations élargies entre les diverses couches de la société burundaise, avertissant que ceci risque de fragiliser davantage le processus de réconciliation nationale.

Cependant, la Bolivie et la Guinée équatoriale ont estimé que le référendum et le processus électoral relèvent des affaires intérieures du Burundi, tandis que la Chine a appelé au respect de la souveraineté nationale du pays.  Dans le même esprit, la Fédération de Russie a avancé que « la situation réelle du pays n’est pas ce qu’on veut nous faire croire ».  Face à ceux qui veulent « déchaîner les passions », son représentant a fait valoir que le Burundi ne relève pas du mandat du Conseil de sécurité mais plutôt de celui des instances onusiennes de Genève.

Pour la France, les droits des minorités doivent être protégés.

Avant celle de la France, c’est l’Union européenne qui n’avait pas hésité à cacher sa désapprobation du processus de révision constitutionnelle en cours au Burundi. Dans sa déclaration du 8 Mai, la cheffe de la diplomatie européenne dénonce d'emblée un processus qui « a lieu dans un climat persistant d'intimidation et de répression », en pointant du doigt « la persistance d’exécutions extrajudiciaires et d'arrestations arbitraires ». Federica Mogherini appelle donc « les autorités burundaises à respecter l'esprit et la lettre » d'un texte qui a permis notamment à l'ex-rébellion aujourd'hui aux affaires d'accéder au pouvoir pacifiquement. Mais les chances sont minces pour qu'elle soit entendue par un régime que ses détracteurs qualifient de jusqu'au-boutiste

Et au lendemain du vote, la France dit avoir pris acte des résultats du vote du referendum avec des réserves : « Si le scrutin s’est tenu dans un calme relatif, nous déplorons que la campagne ait eu lieu dans un climat marqué par des intimidations et des menaces, voire des violences, contre l’opposition à la réforme constitutionnelle. Mais pour elle, la priorité est désormais d’assurer la mise en place d’un dialogue national sans conditions ni exclusive, qui permettra l’expression des aspirations de l’ensemble des composantes de la société burundaise. Ce ne sera possible que si le gouvernement fait des gestes, notamment en permettant à l’opposition, aux médias et à la société civile de jouer leur rôle sans entrave. Nous l’appelons à agir en ce sens dans un esprit de rassemblement(t…) puisque les mécanismes visant la protection des droits des tutsis disparaissent, regrette la France ». 

Une attitude qui fait craindre, selon le Conseil de Sécurité des Nations Unies

Fin Janvier 2016, l’Onu avoue son impuissance sur le Burundi. Dans une note confidentielle, les Nations unies envisagent la possibilité d’une guerre civile ou, pire, d’un génocide, mais admettent ne pouvoir les empêcher.  

(www.lemonde.fr/afrique/article/2016/01/15/l-onu-avoue-son-impuissance-sur-le-burundi_4847764_3212.html#Pwb7iOOVFO0xhiPs.99)

Adressé aux membres du Conseil de sécurité, le document signé par Hervé Ladsous, le chef du département des opérations de maintien de la paix, et révélé par le site Vice News, est un clair aveu d’impuissance. L’organisation envisage, parmi trois scénarios possibles pour le Burundi, « des violences avec une claire dimension ethnique, avec une incitation potentielle à commettre de graves crimes tels que des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et un génocide ». 

Face à cette éventualité du pire, le département des opérations de maintien de la paix estime que « sans moyens supplémentaires significatifs que pourraient fournir les Etats membres afin de permettre une intervention en dernier recours des casques bleus, l’ampleur des violences dépassera les capacités de protection des Nations unies ». 

Dans ce petit pays de 10 millions d’habitants, il se passe en effet des choses qui rappellent le pire que la région ait connu : le génocide des Tutsi dans le Rwanda voisin en 1994. Personne ne peut plus ignorer la rhétorique employée dans certains milieux du pouvoir à Bujumbura, la capitale, pour asseoir le régime contesté du président Pierre Nkurunziza. C’est un discours qui relève de l’appel au massacre dans une situation déjà extrêmement volatile. 

(www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/10/le-burundi-au-bord-de-la-guerre-civile_4806788_3212.html#4DxS3JHphL9IzUo1.99

Bref, il y a tout lieu de s’inquiéter, de s’alarmer même avant qu’il ne soit trop tard. De ce point de vue, la France a réagi à cet effet en déposant, lundi  9 novembre 2015, une résolution devant le Conseil de sécurité de l’ONU, attirant l’attention sur la spirale de violences ethniques qu’attise le pouvoir burundais. Selon elle, le pays pourrait bien retomber dans la guerre civile qu’il traversa à la fin des années 1990 et qui prit fin grâce à la médiation de Nelson Mandela. Elle déboucha sur des accords signés en 2000 à Arusha, en Tanzanie, établissant un savant équilibre politique entre la majorité de la population – des Hutu, à 80 % environ – et la minorité tutsi. C’est cette crainte qui la fait encore réagir une fois dans le Conseil de sécurité de ce 24 Mai 2018.

Steve Baragafise


Journal Ukuri n°135

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