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Burundi: le financement des PME, plus de contraintes que de perspectives !

La Petite et Moyenne Entreprise (PME) devrait faire l'objet actuellement d'une attention particulière dans la mesure où elle participe au développement économique et social du pays. C'est l'outil le plus efficace pour mobiliser la volonté et les capacités créatrices humaines.

L'importance de la PME vient du fait qu'elle est dotée d'un certain nombre d'atouts irremplaçables. Cette catégorie d'entreprise peu capitaliste, mais dont la contribution à l'emploi est intéressante, surtout dans un pays comme le Burundi où le problème du chômage tend à s'intensifier chaque année, elle permet de décentraliser les investissements, de mobiliser l'épargne privée, par conséquent favoriser la régionalisation et enfin, rationaliser la production par la diminution des coûts qui permet l'amélioration de la concurrence de l'économie sur les marchés étrangers.

Alors que le fort poids de secteur informel dans l’économie dépassait déjà 70% avant la crise de 2015, le ralentissement de l’économie, qui va fragiliser davantage les nombreuses entreprises artisanales et PME, risque de faire basculer d’autres contribuables dans l’informel.

En effet, au Burundi,  les PME représentent plus de 95% des entreprises. Cependant sa participation au PIB se limite seulement à environ 20% contre 60% dans certains pays, cela peut s'expliquer par le nombre flagrant d'entraves à qui se heurte la PME burundaise surtout sur le plan administratif et aux difficultés d'accéder aux sources de financement. Ce qui limite son progrès.

Le développement des PME : pas vraiment une priorité urgente

Depuis le déclenchement de la crise, le déficit budgétaire est financé par le recours aux avances de la Banque centrale qui est en train de faire exploser la dette intérieure. En effet, l’encours de la dette publique intérieure a presque doublé en une année et demie, en passant de 460 millions de dollars à 815 millions, de juin 2015 à décembre 2016. En analysant l’évolution des prévisions de dépenses au cours des exercices budgétaires de quatre dernières années, on remarque une certaine continuité dans l’allocation des dépenses dans les principaux domaines, à savoir la sécurité, les services généraux non sécuritaires, les services sociaux et les servies économiques. Un expert en macro-économie confie à Imburi Phare les grandes lignes qui doivent guider le développement des PME au Burundi : 

« Pour favoriser le développement de la PME partout où elle existe, les pouvoirs publics se sont attelés à lui assurer un environnement macro-économique, juridique, réglementaire et fiscale transparent, stable et prévisible et lui faire bénéficier de renforcement du dispositif financier national à travers la modernisation du secteur financier et l'apport d'une assistance technique au secteur bancaire afin d'améliorer l'investissement au niveau des PME. Les PME de leur part doivent faire preuve de plus de transparence, de créativité et d'imagination afin de convaincre ses partenaires et permettre l'instauration des rapports solides et plus sains entres eux. »

 Aussi, le financement des PME reste la grande équation depuis 2015

La politique financière de l'entreprise n'est pas indépendante des univers industriels et financiers où elle gravite. En outre, une description réaliste du fonctionnement des rouages financiers de l'entreprise ne peut être effectuée en dehors d'une étude des relations existant entre la structure de financement, l'environnement interne de la firme (souvent apprécié par ces structures de gouvernance), et les marchés externes où nouent les contrats avec les bailleurs de fonds.

Or, depuis 2015, après une année d'une crise profonde ponctuée de violences, l'économie du Burundi est aujourd'hui sinistrée sous les effets combinés du blocage politique en cours et des sanctions de la communauté internationale, qui font désormais de ce pays un des plus pauvres du monde.

« L’économie commençait à se stabiliser, l’inflation était maîtrisée et avec une croissance moyenne de quelque 4,5 % depuis plusieurs années, le Burundi semblait sur la bonne voie. Mais la crise actuelle a eu des effets catastrophiques, notamment sur les finances publiques et le secteur formel’’, analyse un professeur d’économie de l’Université du Burundi, sous couvert d’anonymat.

Ainsi, la récession a fait son retour. L’économie burundaise a connu une croissance négative de 7,4 % en 2015, selon le FMI. La crise a eu un impact direct sur des secteurs clés. Dans ces conditions, les PME ne parviennent plus à disposer des sources de financements stables et viables. Bien plus, ce contexte de travail et d’investissement rend moins propice rend l’économie morose, ce qui hypothèque considérablement la possibilité d’autofinancement qui pouvait être déployées par les PME elles-mêmes.

Bien plus, le financement des PME burundaises revêt une grande responsabilité suite aux besoins de plus en plus importants qu'elles prouvent sans cesse : besoins d'investissement, besoins d'exploitation, besoins d'innovation. 

Faudra t-il optimiser les choix des moyens de financement pour les PME burundaises ?

Au Burundi, les PME contribuent à la dynamique productive dans tous les pays du monde, mais leur rôle est peut être encore plus grand dans les pays émergents. Si l'on prend l'exemple du Burundi,  elles contribuent au maintien du contrôle national sur l'économie burundaise, ce sont donc à terme, les PME qui garantiront l'indépendance économique du pays.

Si les PME sont l'avenir du Burundi, force est de reconnaître qu'elles vivent dans un environnement économique particulièrement hostile surtout dans le domaine financier, c'est probablement dans ce domaine que le désavantage compétitif des PME est le plus marqué.

Rappelons-le : les besoins des PME sont spécifiques pour être elles même flexibles, elles doivent avoir des partenaires qui le sont aussi .Or, à ce jour, le système financier burundais n'est pas véritablement organisé pour répondre à toutes les demandes des PME. Que faire ?  Pour sortir de cette impasse, il y a six réformes clés qu'il faut prioritairement mener à bien, selon l’expert contacté par IPM :

« Il faut renforcer les fonds propres des PME, c'est-à-dire encourager les réinvestissements des bénéfices et l'auto- financement par la mise en œuvre d'une fiscalité adapté aux résultats et à la réévaluation des bilans ; et exonérer les droits d'enregistrement sur augmentation de capital par capitalisation de compte courants d'associés et de dettes dans une approche de restructuration de bilans. Il faut aussi créer une banque pour les PME. Celle ne doit pas être vue comme une concurrence abusive au système bancaire du pays. Il faudra aussi dynamiser les marchés financiers du pays, développer le capital risqué, aider et assister les jeunes créateurs des PME et encourager la transparence »

L'évaluation de financement des PME burundaises montre une difficulté d'accès de ces dernières au premier rang au crédit bancaire et spécialement aux crédits d'équipement et ce malgré l'augmentation de la part des crédits à moyen terme dans l'encours total des banques. Elle montre aussi la sous exploitation du marché financier local et la faiblesse d'utilisation des moyens  de financement alternatif (le capital risque et le crédit bail).

Face à cette situation et pour favoriser la mise à niveau et améliorer la compétitivité des PME soumises aux exigences de libre échange, des efforts complémentaires visant la promotion des fonds privés au service de la PME méritent d'être mis en œuvre. Ces efforts devraient converger vers l'appui de son financement par la mobilisation des fonds bancaires, la dynamisation du capital risque et la consolidation voire la révision du rôle du marché financier local, des institutions de micro crédits, etc. car les PME burundaises réclament toujours une assistance financière accrue, l'assouplissement des procédures et la diversification des techniques bancaires.

Steve Baragafise


Journal Ukuri n°135

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