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Burundi - clôture de campagne référendaire : l’apparat et la complaisance politique

Crédits Photo: Ikiriho

Crédit Photo: Ikiriho

 

Au Burundi, l'ambiance devait être lourde hier à la hauteur de la désillusion politique qui a caractérisé le premier grand test du parti au pouvoir qui croyait pouvoir hisser le pays au rang de grande dynastie dans la région.

On l’a vu, pour le cndd-fdd, l’ouverture de la campagne référendaire avait commencé avec plein d’enthousiasme, annonçant d'avance son intention d'infléchir les positions de la coalition Amizero y’Abarundi par au moins deux grandes stratégies : la peur et la coercition. Et  cela pour consolider les deux grands enjeux de ce referendum : révisions portant sur le mandat présidentiel et les révisions portant sur les restrictions des libertés de l’opposition, des acquis que les faucons du pouvoir en place considèrent comme un désastre.

Par leur opération de charme, ou encore leurs discours de mobilisation, tout cela n'a pas fait bouger d'un iota les positions de l’opposition interne incarnée par Amizero y’Abarundi à la tête de laquelle se trouve Agathon Rwasa. Encore que c’est ce dernier, vieux loup, qui tente toujours de pousser plutôt le parti au pouvoir à faire marche arrière sur la question de l’amendement de la constitution.

Agathon Rwasa, l’imperturbable opposant ?

Face à la volonté manifestée par le parti  cndd-fdd de faire l’amendement de la constitution, le pouvoir s'est visiblement raffolé suite aux multiples arrestations des fnl-palipehutu, aile Agathon Rwasa. En effet, l’on constate que le nombre d’arrestations est allé crescendo durant la période de cette campagne référendaire. Des collines aux lacs, on en trouve des morts, soupçonnés être des fnl-palipehutu. L’on ne sait pas si le pouvoir a été dépassé ou pas mais dans ces conditions, la grande responsabilité revient naturellement à l’Etat. Mais  ce qui est sûr, c’est que ces morts et ces arrestations seront un jour une source de tensions dans le pays. Bien plus, jusqu’ici, l’opinion croit que les résultats sont d’avance truqués mais personne ne sait ce que décidera la CENI dans quelques semaines, à part la victoire du  « non » qui semble ne pas faire de doute.

Aucun changement de positions n’aura peut-être aussi lieu à la cour constitutionnelle quant à la probable victoire du « non »  parce que ses hôtes qui dispensent généreusement sourires éclatants et marques de sympathie manifestes au Président Nkurunziza, resteraient de marbre sur le fond.  Ils s’amuseront peut-être aussi à l'embarrasser, avec un paternalisme fort, par des gestes et des félicitations équivoques après la supposée victoire du « oui ».

Je t'aime,  moi non plus

A la décharge du parti au pouvoir qui pense avoir été  plus loquace et plus convaincant à chaque fois qu’il est en pleine campagne, la coalition Amizero y’Abarundi croirait désormais que les murs sont disparus entre elle et le cndd-fdd. Car apparemment, les attitudes plus ou moins joviales se sont visiblement consolidées par les discours des protagonistes qui, devant les électeurs, ont étalé au grand jour tous les points de divergence sur la constitution en question.

C'est ainsi qu'’Agathon Rwasa a défendu, par exemple, le multilatéralisme contre le repli nationaliste et a assuré qu'il n'y aura pas de planète B pour l’opposition, que si une fois le « oui »  remporte, le Burundi sera comme la Somalie. Il défiera même son hôte dans son dos, en exprimant sa conviction que le vote pour  « non »  finira par vaincre.

Une attaque en règle et en douce qui ne s'arrêtera pas là, puisqu'il affirmera encore que "la colère ne construit pas...et quand on ferme la porte aux autres, ceux-ci n'arrêteront pas de toquer...". Et pour qui connaît Agathon Rwasa, il peut aisément croire qu'il était le point de mire de cette campagne. Cela s’explique surtout par les ovations nourries qu'il a recueillies, en grande partie de la part de son électorat. Mais la suite pourra lui être aussi fatale.

Voilà donc une campagne où l'apparat et la complaisance politique ont pris le dessus sur les problèmes de fond. Elle a démontré, encore une fois, à quel point le régime en place fait fi du monde, y compris de ses alliés, face à ses intérêts. Et  pas de ce pays en tout cas ! Et  Pierre NKURUNZIZA pour qui l'essentiel est de diriger en Maître-roi, il est clair que le monde n'y peut rien faire contre ce « guide suprême éternel », selon le CNDD-FDD.

Mais, Agathon  Rwasa dont on a vu la foule s’affoler chaque fois à le suivre, va-t-il réellement continuer à peser lourd après ce 17 mai 2018 ?  Quid de l’avenir !

 

Steve Baragafise

 


Journal Ukuri n°135

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