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Burundi : la surprenante forte mobilisation pour le "non" de la coalition Amizero y’Abarundi

Débutée ce mardi pour 14 jours,  la campagne du référendum constitutionnel prévu en date du 17 mai 2018 se déroule dans un climat politique tendu, alors que se joue l'avenir du pays. Et elle pourrait aussi nous réserver des surprises, comme celle d'hier, à Ngozi où Agathon Rwasa a pu drainer une foule immense pour le "non". 

 La date avait été annoncée. Le 17 mai, c'est la date du référendum constitutionnel. La décision a été prise par décret, dimanche 18 mars, par le chef de l'Etat. Les partis ou les personnes souhaitant participer au scrutin sont priés de s'inscrire auprès de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) entre le 23 mars et le 6 avril prochain.

« Tous les citoyens Burundais, remplissant les conditions requises par la loi, résidant au Burundi ou à l'étranger, sont appelés à participer au référendum, fixé le 17 mai 2018 », précise le décret.

Ce mercredi, 2 mai, la coalition Amizero y’abarundi du F.N.L d’Agathon Rwasa avec le parti UPRONA, aile NGAYIMPENDA a surpris le monde par une mobilisation sans appel de voter « non » contre le référendum du 17 Mai. Ayant été désignée par la CENI d’ouvrir la campagne dans la province de NGOZI, la coalition Amizero y’abarundi a publiquement manifesté dans les rues de la ville de Ngozi pour dire non à la révision de la constitution. Hommes, jeunes, femmes, tous étaient mobilisés par la coalition. Cette campagne contre le référendum semble avoir surpris pas mal d’observateurs. Beaucoup se posent la question de savoir quel sort sera réservé aux membres de la coalition présents dans la campagne contre le référendum d’autant plus que le pays reste divisé sur l’issue de la dite campagne : on ne compte plus les opposants menacés et les arrestations, aussi, de militants proches du pouvoir, violents. Reste que chaque camp fait preuve de détermination face au processus en cours. 

Un communiqué des évêques de l’Eglise Catholique du Burundi estime que ce référendum est prématurément organisé :  A côté de ceux qui ont fui en exil, « beaucoup de citoyens, même s’ils ne le disent pas tout haut, vivent dans la peur, à tel point que les gens n’osent plus dire ce qu’ils pensent, par peur des représailles », estiment les Evêques qui dénoncent, dans une allusion au pouvoir, « le comportement de certains Burundais qui usent de la violence et abusent de l’autorité qu’ils détiennent pour opprimer la liberté d’expression et d’opinion de leurs adversaires politiques. A notre avis, le moment n’était pas opportun pour amender la constitution de manière profonde », critique dans une déclaration commune, Mgr Joachin Ntahondereye, Evêque de Muyinga et président de la Conférence des Evêques.

Au  total, 26 partis, en grande partie, proches du parti au pouvoir CNDD-FDD, et la coalition d’indépendants Amizero y’Abarundi (« Espoir des Burundais ») ont été autorisés à faire campagne. Les quelques partis d’opposition encore présents dans le pays ont appelé à voter « non », disant craindre les « représailles » du pouvoir en cas de boycott du scrutin. Un décret présidentiel prévoit une peine de « un à trois ans de prison » pour quiconque prônerait l’abstention.

"Plus d'une fois, ils ont démontré leur maturité en matière électorale. Je pense qu'ils feront un bon choix", espère Agathon Rwasa, le président de la seule coalition d'opposition restée dans le pays, Amizero y'Abarundi. Et d’ajouter "Attendons les résultats, c'est ça qui va nous dire ce que pensent les Burundais par rapport à leur futur. Par le référendum,  nous allons définir le futur du Burundi."

Une victoire du oui permettrait à l'actuel président, Pierre Nkurunziza, 54 ans, au pouvoir depuis 13 ans de rester à la tête du pays jusqu'en 2034. La réforme sera adoptée si les voix favorables l'emportent à plus de 50%. Mais, les opposants au président Nkurunziza pointent également du doigt des opérations d'enrôlement pour étoffer les listes électorales face à la faible mobilisation de population. Fin février, la CENI a fait état de cinq millions de Burundais inscrits sur les listes électorales, afin de participer à ce référendum et aux élections générales prévues en 2020.

Rappelons que c’est en 2017 que le gouvernement a adopté le projet de modification de la constitution par référendum. Le texte qui devrait permettre au président Nkurunziza de briguer deux mandats successifs de 7 ans a été fortement critiqué par la communauté internationale dont l'Union africaine, d’autant plus que le pays reste divisé. En 2015, l'annonce de la candidature du président sortant à un troisième mandat a plongé le Burundi dans une profonde crise politique. Laquelle a fait près de 3000 morts selon les organisations de droits humains et plus de 400 000 Burundais en exil, conduisant ainsi la Cour pénale internationale (CPI) à ouvrir une enquête sur le Burundi.

B.N


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