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Crise au Burundi : 3è journée de commémoration et de réflexion

Les Burundais de Belgique ont organisé samedi dernier à Bruxelles la troisième journée de commémoration et de réflexion sur la crise qui endeuille le Burundi depuis trois ans. Les différents intervenants ont tous appelé à plus d’unité et à garder espoir.  

Organisé par le Forum Citoyen Burundais (FCB) et le comité d’initiative de Belgique, l’événement a rassemblé plus d’une centaine de Burundais venus de tous les coins de la Belgique, qui ont d’abord observé une minute de silence, en mémoire des milliers de victimes de la répression sanglante en cours au Burundi depuis 2015. Une occasion également de rendre hommage vibrant aux jeunes, femmes et hommes qui ont eu le courage de dénoncer la violation flagrante de la constitution et de l’accord d’Arusha. 

A propos du Forum Citoyen Burundais

Le Forum Citoyen Burundais est une large convergence des forces vives engagées dans une résistance citoyenne pour sortir le Burundi de la crise actuelle. Ce vaste rassemblement coordonne les grandes orientations de lutte politique et propose une alternative crédible fondée sur un nouveau contrat social de bonne gouvernance, d’’alternance démocratique, de paix et de sécurité pour tous, de respect des droits de l’homme et de la primauté du droit, de la justice et de la liberté pour tous, du développement durable et de la prospérité tant attendus.
Le Forum Citoyen Burundais s’engage pour la restauration d’un État de droit, l’amélioration de l’économie nationale, le respect des traités internationaux ratifiés par le Burundi, l’amélioration de la politique de bon voisinage et s’oppose catégorique contre 
l’impunité des crimes et de la corruption. Fondamentalement, il s’agit d’une vision d’un peuple burundais démocratiquement uni, digne, libre et prospère. Une république laïque dont les institutions et les corps constitués sont au service du bien-être de tous les citoyens. Un pays gouverné dans le strict respect de la loi, où chaque citoyen jouit de l'égalité des chances, de l'égalité devant la justice et de la libre circulation des biens et des 
services.
Extrait de la lettre du FCB adressée au Président Museveni le 13 avril 2018.  

                                                                       

De telles scènes sont devenues quotidiennes au Burundi et l’avenir reste incertain. C’est d’ailleurs le titre du film « Les lendemains incertains » du jeune cinéaste burundais, Eddy Munezero, un film visionné au cours de cette journée et qui est venu retracer l’histoire sombre des trois dernières années au Burundi. Des images qui parlent d’elles et qui devraient relever la conscience de tous ceux aspirent au retour à la paix au Burundi.Rappelons-le ! La première victime tombe le 26 avril 2015 lors de la première manifestation contre le 3è mandat. Depuis, la situation s’empire, entraînant plus de 400 mille Burundais à fuir leur pays, pendant que près de 4 mille autres croupissent dans les prisons intérieures, sans parler des centaines de disparitions forcées et des milliers de morts atroces.

Autour d’un panel composé des représentants des jeunes et des femmes, du président du CNARED et membre du comité de coordination du FCB et deux juristes, les participants ont échangé sur la situation actuelle et sur l’avenir du pays, surtout à la veille du très contesté référendum constitutionnel.

Face au pouvoir dictatorial, répressif et intraitable sur tout changement de pouvoir, les panelistes ont appelé à plus d’union et à rester vigilants et déterminés, en intégrant toutes les forces vives de la nation, y compris les jeunes et les femmes.

Pour Maître Lambert Nigarura, Président de la coalition Burundaise pour la Cour Pénale Internationale (CB-CPI), une plateforme des Organisations de la société civile qui militent pour la promotion de la justice pénale internationale et un des panelistes, il y a espoir, que tôt ou tard, tous ceux qui sont responsables des crimes contre l’humanité au Burundi soient punis.

Car « les enquêtes avancent très bien. La CPI a maintenant toutes les informations utiles permettant d’organiser un procès équitable et impartial. Des mandats d’arrêt pourront donc être livrés dans les prochains jours. Mais, pour le respect du secret professionnel, je ne peux malheureusement pas vous donner plus de détails ici mais sachez vraiment que le dossier est très avancé », a rassuré Nigarura, aussi membre du collectif des avocats qui représentent les familles des victimes de la crise encours au Burundi.   

Pour le président du CNARED et membre du comité de coordination du FCB, « ce n’est pas le moment de nous diviser. Car la crise actuelle, c’est le problème à nous tous, jeunes, adultes et vieux. Pas seulement voir les défauts de Minani ! Non, organisons-nous plutôt pour rentrer d’abord chez nous et une fois là-bas, vous regarderez alors nos défauts. Le CNARED doit se reconstituer pour repenser sa stratégie, sa résistance, sa lutte. Oui, nous avons désormais le Forum Citoyen Burundais mais ça ne suffit pas. Il faut un grand rassemblement de tous ceux qui dénoncent ce pouvoir criminel », a renchéri le président du CNARED, Dr Jean Minani.

Pour Minani, « Nkurunziza est le nouveau Bokassa que le monde va connaître. Si on regarde de près ses actes, mot à mot… on voit bien que tout est là pour faire de Nkurunziza un Bokassa de demain : il se proclame président à vie lui-même, guide suprême éternel, puis il va être Roi, puis Empereur pour finir fou. Nous devons donc combiner nos efforts pour lui barrer la route ».

Concernant les négociations, Minani a fustigé la médiation est-africaine qui perd de plus en plus de crédibilité avec quatre échecs successifs sur son compte.

Et l’avenir de la médiation se complique également avec ce référendum constitutionnel visant à enterrer l’accord d’Arusha.  Minani lui-même estime que si ce référendum est adopté, il ne voit pas avec qui et sur quoi il va poursuivre les négociations.

Et malgré les conseils des uns et des autres, y compris dans son propre camp, Nkurunziza est jusqu’auboutisme dans sa détermination de modifier la constitution lui permettant de régner à vie sur le Burundi.  Ce qui n’étonne pas Sylvère Nimpagaritse, ancien vice-président de la cour constitutionnelle, qui a osé dire non à la violation de la constitution, ce qui l’a forcé à l’exil comme des centaines d’autres anciens mandataires et fonctionnaires de l’Etat qui ne voulaient pas cautionner un mandat de trop jugé illégal.

Pour lui, « Rien d’étonnant. Le souci de la légalité ou de la constitutionnalité des lois, n’a jamais été la préoccupation de Nkurunziza. Il va changer la constitution comme il veut peu importe le caractère anti constitutionnel de tout ce qu’il fait ».

Un autre moment important de cette commémoration, c’était le message adressé aux participants par le très populaire défenseur des droits humains au Burundi, Pierre Claver Mbonimpa, en passe de devenir Doctor Honoris Causa de deux universités bruxelloises l’ULB et la VUB.

Dans son discours, le président de l’APRODH (Association Burundaise pour la Protection des Droits Humains et des Personnes Détenues) est revenu sur la situation que vit le Burundi depuis 2015. A l’opposé de ceux qui prêchent actuellement la haine et la division, Mbonimpa a appelé tout le monde à privilégier l’amour, la solidarité et le retour à la paix. Car pour lui, la paix n’a pas pris. 

« Nous devons nous employer tous et chacun à redonner la dignité à notre pays… Nous, Burundais, nous devons dire non à la tuerie, non à la haine, non à la division, non à la vengeance, non à l’impunité et oui à l’amour, oui à la solidarité, oui à la paix », a exhorté celui qu’on surnomme aussi le « Mandela burundais » [ Ecouter l'intégralité du discours en cliquant sur ce lien] |J.E-02


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