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Burundi: “ Témoignage sur la répression sanglante du régime contre les jeunes manifestants pacifiques.”

Dans le cadre de la 13ème semaine anti-coloniale et anti-raciste, le MRAP (Mouvement Contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) et le RDBF (Rassemblement de la Diaspora Burundaise de France) ont organisé une conférence-débat ce samedi, le 24 mars 2018, à Paris (France) sur le thème : “ Burundi - Les femmes & jeunes dans l'action & sous la répression du régime.”

Et en tant que jeune et cyber-activiste, j’ai été invité pour débattre avec les autres et ayant été un des manifestants contre le 3ème mandat illégal de Pierre Nkurunziza, j’ai articulé ma présentation sur le sous-thème : “ Témoignage sur la répression sanglante du régime contre les jeunes manifestants pacifiques.”

Dans le cadre de la 13ème semaine anti-coloniale et anti-raciste, le MRAP (Mouvement Contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) et le RDBF (Rassemblement de la Diaspora Burundaise de France) ont organisé une conférence-débat ce samedi, le 24 mars 2018, à Paris (France) sur le thème : “ Burundi - Les femmes & jeunes dans l'action & sous la répression du régime.”

Voici en détail ma présentation :
 
La place des jeunes dans les politiques publiques burundaises.
Dans les discours quotidiens, on ne cesse pas d’entendre dire que « les jeunes constituent l’avenir du Burundi. » (Pourquoi pas à partir d’aujourd’hui ?). En effet, à voir la force numérique qu’ils sont en mesure de déployer pour influencer le changement dont ils rêvent, ils constituent le socle sur lequel peut se fonder le Burundi pour se développer.
 
Comme la plupart des pays africains, la majorité de la population burundaise est jeune. Plus de 75 % de la population a moins de 35 ans et plus de 65 % de la population active est constituée de jeunes âgés de 20 à 25 ans. Curieusement et d’une façon contradictoire, ces jeunes burundais ne bénéficient d’aucune politique efficace pour les sortir de la précarité et participent moins que leurs ainés dans la plupart des processus politiques au Burundi.
 
Les jeunes sont omniprésents avec des diplômes sans emplois ou moins rémunérés, et largement ignorés par les politiques publiques. Et pourtant, cette population jeune et active a besoin d’opportunités, d’espace d’expression, d’une bonne gouvernance mais aussi de modèles qui lui inspirent positivement dans un contexte socio-économique bien maitrisé.
Manipulés ou ignorés, les jeunes et le sort qui leur est fait sont la partie immergée du conflit politico-social autour du 3ème mandat présidentiel de Pierre Nkurunziza. La genèse de tout mécontentement a été la hausse progressive du chômage de masse, la corruption, favoritisme et surtout l'absence de perspective d’avenir pour la jeunesse.
 
Les jeunes font également face à d’importants défis sur le plan individuel et organisationnel qui freinent leur épanouissement politico-économique. En situation de précarité, ces jeunes sont exposés à la manipulation et à l’instrumentalisation orchestrées par certains politiciens véreux. (Exemple : les jeunes du parti au pouvoir Cndd-Fdd les Imbonerakure : « Qui voient loin »).
La plupart des jeunes sont ainsi maintenus et enfermés dans leurs ghettos identitaires respectifs et cela les empêchent d’être solidaires devant leurs besoins pourtant communs. C’est un défi majeur à relever dans l’avenir pour un Burundi meilleur et prospère. Heureusement qu’aujourd’hui on remarque cette question identitaire ne tient plus chez la plupart des burundais en général et les jeunes en particulier.
Nous allons donc essayer de parler de cette émergence d’une jeunesse burundaise active et engagée, son impact et les perspectives pour l’avenir du Burundi.
Au cœur de cette crise, une figure centrale longtemps ignorée & isolée émerge : « la jeunesse burundaise active & engagée ».
On a vu plusieurs visages de jeunes : celui du chômeur des quartiers dit “contestataires” ou de l'intellectuel actif (de la diaspora ou celui du Burundi) ; celui du militant de la société civile mobilisé contre le 3ème mandat, la victime de la répression policière ou celui de la milice Imbonerakure; du simple réfugié ou d’un déplacé interne. En tout état de cause, le jeune est très actif et engagé.
Ainsi, la jeunesse est présente dans plusieurs débats citoyens, avec, au-delà du refus du 3è mandat, la volonté de participer dans des espaces de débats sur les questions de démocratie, justice, d’état de droit, bonne gouvernance et, plus largement, sur l'avenir de leur pays. À l’intérieur et extérieur du pays (la diaspora par exemple). Des pro- gouvernement ou pas.
L’implication & l’impact de cette crise sur la jeunesse Burundaise.
 
À l’image d'autres mouvements africains ( le « Y'en a marre » sénégalais, le « Balai citoyen » burkinabé ou « Filimbi » & « Lucha » en République Démocratique du Congo), une campagne citoyenne « Halte au 3ème Mandat » a été lancée fin janvier 2015 à l’initiative de plus de 300 associations qui ont adjuré le chef de l’État de « rompre son silence » et d’annoncer son désistement.
 
Le 25 avril 2015 : la candidature de Pierre Nkurunziza à un 3è mandat a été officialisée par le congrès extraordinaire de son parti politique. Le lendemain, 26 avril 2015 : des manifestations de grande ampleur ont débuté dans la capitale et puis dans tout le pays, pour s’opposer à cette 3ème candidature à la présidence. Plus de 85% des manifestants étaient des jeunes.
 
Malgré les incitations à la haine ethnique & politique, les manifestants sont restés unis dans la diversité politique, sociale & ethnique (plusieurs membres du FNL ont manifesté même si leur leader politique, Rwasa Agathon, n’a pas soutenu publiquement les manifestations). Et aucun incident grave causé par les manifestants n’a été signalé sauf quelques cas isolés qui n’ont rien à voir avec l’organisation des manifestations.
On a été réprimé d’une façon sanglante par la jeunesse de la milice imbonerakure ; par des policiers et des agents qui parlaient le Kinyarwanda, probablement des Interahamwe (FDLR) venus de l’Est de la RDC en renfort à la milice Imbonerakure.
On a courageusement manifesté sous les balles, les lacrymogènes et les jets d’eau des camions de la police. Certains blessés, d’autres arrêtés, torturés, emprisonnés, tués ou disparus. Des centaines de milliers d’autres ont fui leur pays. Malgré tout cela, les manifestations pacifiques ont continué avec une répression violente.
Chaque cas des victimes de cette répression est important, mais certains cas m’ont particulièrement marqué. Comme celui de Jean Népomucène Komezamahoro.
 
 
Âgé de 17 ans, ce jeune mineur a été tué le 26 avril 2015 pris pour un manifestant alors qu’il assistait curieusement aux manifestations à côté de chez lui à Mutakura (Nord de la Capitale) sans y participer.
La police tirait sur les manifestants à balles réelles et des lacrymogènes. Les jeunes manifestants ont couru dans tous les sens pour fuir cette répression. Malheureusement, « Nepo », n'a pas pu fuir. Apeuré, il s'est simplement agenouillé, il a levé ses mains en l’air et a crié aux policiers : « Je ne suis pas impliqué ! Je ne suis pas manifestant ! » Un des policiers s'est approché de lui et lui a tiré deux balles dans la tête. Il est mort sur le champ.
La mort & le nom de Komezamahoro sont devenus l'inspiration et le symbole de la lutte contre le 3ème mandat illégal de Nkurunziza Pierre.
Son nom signifie « renforcer la paix ». Ses parents l’avaient appelé comme ça car il est né en 1998 lorsque les négociations de paix avaient démarré à Arusha (en Tanzanie). L’ironie du sort, ce jeune a été froidement tué par un policier envoyé par un président qui a violé ces accords. Ses parents ont raconté que leur fils rêvait de devenir un médecin. (Lire ici) Malheureusement, il n’a pas eu cette chance comme des milliers d’autres.
On ne peut pas citer toutes les victimes de cette répression, mais leurs visages sont restés marqués dans nos cœurs. Plus de 75 % des victimes de cette crise sont des jeunes. Ils sont des martyrs de cette lutte pour la démocratie, l’État de droit et la liberté.
Que leurs âmes reposent en paix !!!
 
Malgré cette répression, la lutte continue toujours … !
Après avoir détruit et brûlés les médias indépendants, le régime pensait commettre des crimes en silence. Mais, on a tout fait pour que tous les crimes soient connus à l’aide des réseaux sociaux et internet. Les réseaux sociaux ont été nos moyens efficaces pour contrer à l’absence de médias indépendants classiques. Selon plusieurs témoignages, les informations d’alertes que nous avons publiées & partagées ont sauvé beaucoup de personnes directement ou indirectement.
 
Et depuis le début de cette crise, la communauté internationale tente de trouver de solution pacifique à cette crise sans succès. On doit donc être plus déterminés et courageux pour continuer cette lutte. Car seuls les burundais trouveront la solution efficace !
En plus d’être élément clé dans la recherche de la paix du Burundi, la jeunesse doit avoir une place majeure dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques. En effet, au-delà de la crise, construire une paix et une démocratie durable passera obligatoirement par la promotion de l'emploi et l'éveil citoyen des jeunes à travers l'éducation à la résolution pacifique des conflits, à la cohésion sociale, aux valeurs démocratiques et au patriotisme.
Cela vaut pour acteurs politiques & civils d’aujourd’hui, les autorités burundaises de l’après crise, mais aussi pour les partenaires techniques & financiers du Burundi. Ils doivent prioriser les besoins des jeunes dans les appuis qu'ils apportent au Burundi. Sans cet engagement indispensable pour tous, on peut craindre que le Burundi ne puisse tourner la page de la pauvreté et puis, la violence.
Malgré tout, on a l’espoir qu’après cette crise, le Burundi sera meilleur qu’avant !
 
Témoignage de Blaise Baconib Nijimbere

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