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Le Burundi voit la main de l’UE dans la déstabilisation du pays

Sur fond de sanctions financières, Bujumbura engage l’épreuve de force avec l’Union européenne. Le gouvernement burundais a publié un communiqué au vitriol pour dénoncer la main de la représentation de l’UE dans l’insurrection en 2014 et même d’une tentative de renversement du régime de Pierre Nkurunziza, le président burundais. De graves accusations au sujet desquelles, Bujumbura affirme détenir des preuves et qui pourraient engager une passe d’armes entre Bujumbura et Bruxelles.

Bujumbura affirme en détenir les preuves. Bruxelles reste, pour le moment, muette et sourde aux accusations. Entre les deux, le torchon brûle depuis la publication de ce communiqué très accusatif du gouvernement burundais qui met l'Union européenne en très mauvaise posture.

Dans ce communiqué, le gouvernement n'use pas de langue de bois et affirme détenir des preuves de l'ingérence de l'Union européenne dans la déstabilisation du pays, notamment un changement de régime.

«Des faits graves imputables à la Délégation de l'Union européenne»

Ces preuves proclamées par Bujumbura, «rapportent des faits graves imputables à la Délégation de l'Union européenne à Bujumbura et qui datent de l'année 2014, plusieurs mois donc, avant l'insurrection et la tentative de coup d'Etat du mois de mai 2015», selon le communiqué signé par Philippe Nzobonariba, le porte-parole du gouvernement.

Volontairement à charge, le document accuse la représentation de l'Union européenne d'avoir financé des personnes ou entités dans le but de déstabiliser le Burundi. Une collaboration qui a d'ailleurs valu à ces personnes, la délivrance d'un mandat d'arrêt international.

Pour le contexte, il faut remontrer au début 2015. Cette année-là, Pierre Nkurunziza en fin de mandat, arrivé au pouvoir en 2005 puis réélu en 2010, brigue un troisième mandat de cinq ans à la tête du pays, en violation flagrante de la constitution burundaise. L'annonce de sa candidature validée par la cour constitutionnelle déclenche, à partir d'avril de la même année, une insurrection populaire violemment réprimée par le pouvoir. Le pays s'installe dans la crise.

Dans ce capharnaüm politique, Godefroid Niyombare tente un coup d'Etat en l'absence de Pierre Nkurunziza, parti à Dar Es Salam en Tanzanie pour un sommet consacré à la crise. Le putsch échoue après de violents affrontements avec les loyalistes qui ont contraint les insurgés à la reddition. En juillet, Pierre Nkurunziza est réélu avec près de 70% des voix sous les cris d'orfraie de la communauté internationale, notamment de l'Union européenne qui décide de couper son aide financière au pays.

Des accusations comme contre-offensive aux sanctions européennes ?

Cette frappe européenne dans le portefeuille plombe l'économie du pays qui tente d'accuser le coup par une augmentation des taxes. Pour remettre le pays à flot, Pierre Nkurunziza drague l'Union européenne(UE) via ses institutions comme l'Assemblée nationale, le Sénat ou avec des soutiens sous-régionaux comme les pays de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE).

«Ces sanctions européennes ne sont pas légitimes dans la mesure où elles ne respectent pas les droits fondamentaux de la personne humaine. Par ailleurs, elles hypothèquent la mise en œuvre par le Burundi, des Objectifs de développement durables (ODD) au cours de l'échéance 2015-2030, coupant ainsi l'élan du 1er ODD consacré à la lutte contre la pauvreté», a fait savoir Pascal Nyabenda, le président de l'Assemblée nationale burundaise à l'ouverture de la session du Congrès, ce 5 juin.

Pour autant, les accusations de Bujumbura sont-elles un moyen pour Pierre Nkurunziza de se défaire du goulot d'étranglement du régime que constituent ces sanctions européennes ?

«Ces révélations viennent s'ajouter à d'autres éléments qui ont poussé le Gouvernement de la République du Burundi à dénoncer une probable main étrangère dans les actes de sabotage de son programme de promouvoir la paix et la démocratie, particulièrement le processus conduisant aux élections de 2015», anticipe Bujumbura.

Tout en promettant de revenir sur les faits annoncés, «compte tenu de leur gravité et leurs lourdes conséquences», le régime de Pierre Nkurunziza semble vouloir rendre coup pour coup «l'audace» de l'UE à gripper la machine à cash. Dans le silence, sans répondre encore, l'UE se prépare peut-être à riposter. L'épreuve de force, si jamais elle est davantage engagée, entraînerait inévitablement une passe d'armes diplomatique dans les prochains jours.

Ibrahima Bayo Jr.| LT


Journal Ukuri- vol.72

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