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Crise au Burundi : Museveni plaide pour Nkurunziza sur fond des accords de l’EAC avec UE (APE)

Le président ougandais Kaguta Yoweri Museveni, également médiateur principal dans la crise burundaise et actuel président de la communauté Est-africaine (EAC) a récemment plaidé pour la levée des sanctions européennes contre le Burundi. Une prise de position qui a choqué l’opposition et la société civile burundaises. Et d’aucuns se demandent si l’on devrait continuer avec cette médiation très partiale, quand on se rappelle aussi des propos du médiateur Benjamin William Mkapa en décembre dernier lors de sa visite à Bujumbura. 

Mais, le président Museveni soutient-il réellement le régime de Nkurunziza pour plaider en sa faveur ? 

De sources bien informées font savoir que les récentes déclarations sur le Burundi par Museveni ont été faites sans avoir même consulté le rapport du facilitateur Mkapa remis aux Chefs d’Etat de l’EAC. 

Contrairement à ce que la plupart des Burundais attendaient de ce 18è sommet, il semblerait que la question burundaise ne faisait pas vraiment la priorité. C’est plutôt l’Accord de Partenariat Economique (APE) avec l’Union européenne qui importe le plus pour ces dirigeants de l’EAC. Bien que Museveni semble défendre l’unité de l’EAC face aux accords APE, en déclarant que « le Burundi est membre de l’EAC. Comment peut-il signer l’APE avec l’UE lorsqu’il est encore soumis à des sanctions », la crise burundaise n’est apparemment reléguée qu’au second plan pendant ce sommet. 

La crise au Burundi, un prétexte pour échapper au vrai problème de l’EAC 

À propos de l'APE, il devrait y avoir différents positionnements des uns et autres et les sanctions de l’UE contre le Burundi n'ont été que du prétexte. En effet, bien que les négociations entre l'EAC et l'UE sur l’APE aient été officiellement conclues en octobre 2014, dans le but que tous les signataires s'engagent avant juillet 2016, seuls deux membres de la CAE se sont engagés jusqu'à présent. Il s'agit du Kenya et le Rwanda qui ont tous les deux signé cet accord en septembre 2016.   

Pour le moment, à part le Kenya qui est un pays revenu intermédiaire (PRI), un tel retard ou refus à signer cet accord avantage tous les membres de l'EAC en tant que pays les moins avancés (PMA) du fait que ces PMA bénéficient d’accès gratuit au marché européen sur toutes les transactions sauf sur les armes, indépendamment de la signature de l'APE.  

À ce propos, Museveni a prévenu l'UE contre la punition du Kenya. « Nous nous opposons à tout déménagement de l'UE pour nuire au Kenya en ce qui concerne les problèmes EU-EAC (APE). Ce que nous voulons dire, c'est que le Kenya ne devrait pas être désavantagé puisque le pays a déjà signé l'accord », a-t-il insisté. Reste à savoir si l'UE acceptera cette mise en garde. Dans leur communiqué, les Chefs d'Etat de l'EAC ont également déclaré que « les membres restants qui n'ont pas signé l'APE ne sont pas en mesure de le faire en attendant des éclaircissements sur les problèmes qu'ils ont identifiés dans l'accord. » C’est totalement incohérent et absurde.  

La vérité est que ces pays de l'EAC ont constaté que cet APE n'est pas bénéfique pour leurs pays. Mais, ils ont manqué d'arguments convaincants face à la pression de l'UE, principal partenaire de cette communauté. En effet, une étude sur l'EAC réalisée par la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique a montré qu'avec la mise en application de l'APE, le développement dans les pays de l'EAC se ralentirait avec des pertes énormes au Kenya (45 millions de dollars) alors que l'UE enregistrerait un gain de 212 millions de dollars. Actuellement, l'UE est la plus grande destination d'exportation de l'Afrique de l'Est, mais en termes d'importations, l'UE se classe troisième après la Chine et l'Inde. Et pour rendre les discussions difficiles voir même impossibles, ils ont déclaré que « les sanctions de l'UE contre le Burundi devraient être discutées dans le cadre des pourparlers avec l'UE ».  

Même si c'est légitime qu'ils refusent de signer cet accord, ils ne devraient pas associer leur refus avec les sanctions prises par l'UE contre le Burundi. Ces dernières n'ont rien à voir avec cet APE étant donné que le Burundi a été sanctionné après avoir violé l’Article 96 des Accords de Cotonou adopté en 2000 pour une durée de 20 ans. Heureusement, l’UE a refusé de lever ces sanctions contre le Burundi en affirmant que « les sanctions seront maintenues jusqu'à ce que la situation politique au Burundi change ». 

Rappelons qu’après les consultations entre l’UE et le Burundi au titre de l’article 96 de l’accord de partenariat UE-ACP (Accord de Cotonou) qui ont été conclues le 14 mars 2016, l’UE a suspendu tous les appuis financiers directs fournis à l'administration burundaise, y compris les appuis budgétaires, mais a maintenu intégralement son soutien financier à la population et son aide humanitaire. L'article 96 constitue la base juridique permettant de suspendre l'accord de Cotonou, à la suite d'une période de dialogue, dans les cas où l'une des parties estime que les éléments essentiels et fondamentaux de l'accord ne sont pas respectés. 

En plus de l’APE, d’autres problèmes divisent les pays de l’EAC 

La région a d’autres problèmes qui les divisent en plus de l’APE. C’est notamment la lutte de puissance économique dans la région qui oppose la Tanzanie et le Kenya, actuelle puissance économique régionale et qui a déjà signé l’APE et le choix de l’Ouganda de faire transiter sa future production de pétrole brut par un oléoduc (pipeline) traversant la Tanzanie, écartant ainsi un projet concurrent porté par le Kenya. 

Et avec Nkurunziza et Museveni déjà liés par la corruption  dans le remboursement de la dette de l'Ouganda par l’affaire des cahiers Picfare qui valaient des millions de dollars ; Salva Kiir du Sud Soudan dont Museveni est l'allié incontournable dans la guerre qui gangrène son pays et Paul Kagame du Rwanda (signataire aussi de l'APE) dans le collimateur du pouvoir de Bujumbura depuis le début de la crise burundaise actuelle, on se retrouve devant deux blocs antagonistes sur différents sujets : d’une part, le Kenya et le Rwanda (les deux signataires de l'APE). Et d’autre part, la Tanzanie, l’Ouganda, le Sud Soudan et Burundi (non signataires, mais avec des différentes causes du refus).   

Mais, que faire réellement face à la crise burundaise ? 

La région n’a plus de crédibilité et soufre de la partialité dans la médiation de la crise burundaise avec ses positions partiales de certains leaders de la région. Le mieux serait que la médiation soit confiée à une autre organisation impartiale et compétente. Par exemple, l’ONU.  

Toutefois, la région reste importante dans tous les cas, d’où la nécessité de s’allier à tous les démocrates de la région pour demander à leurs chefs d’Etat de s’impliquer pour la recherche d'une solution pacifique, sinon le pire est à craindre. 

Selon plusieurs observateurs, le peuple burundais est toujours en attente d’un sauveteur venu « d’ailleurs » suite à un manque de leadership fort de l’opposition. Malgré cette situation, beaucoup restent convaincus  que la solution au mal burundais ne viendra que de nous-mêmes, burundais, même s'il nous manque de cohésion entre les forces vives politiques, armées et civiles de l’opposition. « Uwuja gukira ingwara arayirata », dit-on en Kirundi. 

Des divisions internes se succèdent du jour le jour et cela donne raison à ceux qui pensent que le régime de Bujumbura n’est pas du tout fort mais qu’il se ressource en force dans la faiblesse de ses opposants. Heureusement, cette tendance n’est pas statique. Un jour, ceux qui entravent la résolution de la crise, verront que leurs « égos » et conflits personnels ne valent plus rien que l’intérêt général de la nation. C’est à partir de ce moment que le soutien de « tous les partisans de la démocratie au niveau régional » et international aura de bons résultats attendus. Car, il faut le dire, la crise burundaise a peu de solutions et l’une d’elle sera efficace et je suis très optimiste à sujet. Ça tarde mais ça arrivera !  

Pour Bujumbura et ses alliés, Museveni (au nom de la région) a bien parlé. Mais, derrière ces « beaux discours », se cache d’autres motifs. Pour le moment, il a mis en avant ses intérêts, ce qui paraît normal. Mais, le temps peut nous surprendre. Et en attendant ces surprises qui pourront ne même pas arriver, il faut que les burundais sachent que c’est à eux d’abord de solutionner leur problème. « Akimuhana kaza imvura ihise », dit le proverbe Kirundi.  

 Blaise Baconib Nijimbere


Journal UKURI n°80

Le miracle économique rwandais commenté sur VOX AFRICA

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