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Le Burundi doit regarder son passé en face

Originaire du Burundi, David Gakunzi est un ancien fonctionnaire international, connu pour son parcours d’intellectuel engagé. Il est à l’origine de nombreuses initiatives dont le Centre international Martin Luther King, la caravane pour la paix en Afrique, l’université africaine de la paix.

Aborder la question de la mémoire collective au Burundi, c’est oser regarder en face les brutalités et les barbaries qui ont bouleversé, déchiré, meurtri et anéanti l’existence de centaines de milliers de personnes, génération après génération.

Se pose alors un double défi : d’un côté, le devoir moral de rendre justice aux victimes, de restaurer leur dignité humaine. De l’autre, la nécessité de construire une mémoire partagée, apaisée afin de rendre l’avenir commun désirable. Car la mémoire est plus qu’un récit du passé. Elle est aussi au service de la construction de l’avenir.

Enfouis, enterrés dans l’oubli, les événements tragiques du passé finissent toujours par remonter à la surface pour se rappeler au mauvais souvenir des vivants en empruntant des voies inattendues. Rien de durable ne saurait être construit sur le musellement de la mémoire. Nier l’existence des morts, des disparus, des torturés, c’est contribuer à leur transformation en fantômes, empêchant le présent de se déployer en toute sérénité. Alors autant regarder l’histoire en face avec ses laideurs et ses horreurs.

Écouter la parole de tous

Cette difficile mission a été confiée, dans certaines sociétés déchirées par des conflits violents, à des Commissions vérité et réconciliation, chargées d’écouter la parole de tous, de mener des enquêtes sur ce qui est advenu, de réhabiliter les victimes dans leur dignité, de promouvoir une réconciliation fondée sur le droit à la vérité et d’encourager la mise en place d’une justice transitionnelle. Autrement dit une justice réparatrice refusant l’indifférenciation morale, désignant ce qui est détestable, exécrable, inacceptable, interdit, libérant la société de la routine de la violence et de l’impunité, pour l’engager sur la voie du refus du mal comme normalité.

C’est dans cet esprit qu’en 2000 l’accord d’Arusha avait prévu la mise en place d’une Commission vérité et réconciliation au Burundi. Hélas, à ce jour, elle n’a jamais pu évoluer dans un cadre politique satisfaisant. Elle est de surcroît sujette à controverse car perçue comme un organe chargé de déformer la mémoire collective au profit du pouvoir actuel. Ses détracteurs pointent du doigt l’impossibilité d’accéder au droit à la vérité dans un contexte général non sécurisant.

David Gakunzi (Jeune Afrique)


Journal Ukuri n°152

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