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Burundi : Des jeunes entrepreneurs dans l’arène des affaires

Jean-Claude Ntakarutimana

Du jour au lendemain, le gouvernement du Burundi appelle la jeunesse à développer leurs compétences entrepreneuriales au lieu d’attendre des emplois qui finissent dans l’utopie. « Qui gâche sa jeunesse ruine sa vieillesse », dit un adage français. Les jeunes doivent changer leurs mentalités. Les cas de succès ne manquent pas : Jean-Claude NTAKIRUTIMANA, 28 ans, président de Velocity Learning Corporation, une société spécialisée dans les services de traduction et d’interprétariat, nous amène au plus près de la réalité d’aujourd’hui pour comprendre les dessous de l’entreprenariat des jeunes au Burundi, les contraintes et les espoirs qui les animent.

IPM : Monsieur Ntakarutimana, comment avez-vous décidé d’entreprendre alors que vous êtes apparemment jeune ?

Jean-Claude Ntakirutimana : l’idée de devenir un entrepreneur m’est venu en tête depuis l’an 2011.  J’ai pris le temps d’observer comment les jeunes peinaient à trouver de l’emploi. Certains en trouvaient d’autres non. En principe, j’ai compris que ceux qui donnent de l’emploi avaient d’abord pensé à le créer.  C’est dans cette optique que j’ai pensé à créer de l’emploi pour moi-même en valorisant les petites compétences que j’avais en langue anglaise. J’avais tous mes espoirs que cela finira par produire de bons fruits plus tard.

Evoluant peu à peu dans une association locale d’apprentissage d’anglais qui s’appelle Rising Generation, j’ai sérieusement travaillé et j’ai pu développer des compétences assez acceptables qui répondaient aux besoins du marché local voire régional.  J’ai ainsi décidé de créer une maison spécialisée dans les services de traduction appelée Velocity Learning Corporation. Je dirai que c’est le fruit qui est né de la petite idée que j’avais en tête il y a sept ans.  C’est une grande société qui emploie dix jeunes salariés et quelques uns qui travaillent comme  des temporaires.  Tous aspirent pour un développement individuel, ils sont en recherche permanente du meilleur d’eux-mêmes. Bien qu’ils soient jeunes, ils croient toujours en leurs compétences et pourront d’ici peu réaliser plus que nous l’imaginons.

IPM : Donc, vous êtes satisfait des fruits de votre initiative ?

J-C Ntakirutimana : Je suis fier de ce que j’ai déjà fait. Personnellement, je me suis réalisé. Grâce  à cette société, je suis parvenu à me marier, j’ai une femme et deux enfants. A part que je ne suis plus comme avant, j’ai créé aussi de l’emploi pour d’autres jeunes. Les dix jeunes que Velocity Learning Corporation emploie ont étendu aussi leurs activités. La majorité d’entre eux sont dans le processus de créer des sociétés propres à eux.  Nous avons eu des fruits : il  y a des jeunes avec qui nous avons évolué qui travaillent déjà aux Etats-Unis d’Amérique pour le moment. Les expériences acquises au niveau de Rising Generation les ont conduits à explorer d’autres opportunités très importantes. Vraiment, je suis fier pour le moment. Avec le temps, je crois que ceux avec qui nous travaillons pourront exceller de plus car ils s’adaptent de plus en plus aux exigences du marché de travail du moment.

IPM : Voyez-vous que vous êtes à la hauteur du marché local et régional ?

J-C Ntakirutimana : Je dirai que nous sommes plus à la hauteur. Ces derniers jours, nous avons été sollicités dans les services de traduction par des grandes organisations régionales. Je peux citer UNICEF Rwanda, Global Alliance for Veterinary Medicines, Institute for Sustainable Democracy in Africa qui vient de nous solliciter pour couvrir une conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Nous leur offrons les services en interprétariat simultané, organisation des conférences, les équipements d’interprétariat, les services de protocoles, etc. Nous avons déjà travaillé pour beaucoup d’institutions nationales et internationales. Comme le Ministère de la défense, L’Université Catholique de Louvain, etc. Je travaille aussi avec l’ambassade des Etats-Unis de Bujumbura  dans le programme de promotion de l’entreprenariat pour jeunes. Nous sommes plus que satisfaits des services que nous offrons à ceux qui nous font déjà confiance et je peux dire que nous sommes continuellement sollicités jusqu’ici.

IPM : Y a-t-il un mot que vous aimeriez adresser au gouvernement ?

Jean-Claude Ntakirutimana : Vraiment, il faut d’abord que le gouvernement s’attèle à créer un bon climat des affaires. C’est plus qu’important que tout autre chose. Ensuite, nous aimerions que le gouvernement fasse la différence entre la vente d’un produit et l’offre de service. Jusqu’ici, je dirais que l’OBR nous taxe beaucoup sur les services que nous offrons. Il n’y a même pas de référence. Par exemple, tu trouves que l’OBR te taxe 30% des entrées faites. C’est vraiment beaucoup. Il faut que le gouvernement instaure un système de paiement fixe et clair sur les services offerts et qu’il prenne conscience que la vente d’un produit diffère de la vente d’un service.

IPM : Quel message donnez-vous à l’ endroit de la jeunesse burundaise ?

J-C Ntakirutimana : La jeunesse doit savoir qu’il n’y a pas une idée morte. Toute idée est bonne quand elle est mise en pratique. Elle doit apprendre à exploiter les idées en tête et ne pas les donner gratuitement. Rien n’est gratuit donc les jeunes doivent aussi valoriser leurs idées.

Une autre chose, il faut que les jeunes apprennent les stratégies possibles pour vendre ces idées. Tout le monde vit à partir des idées, les jeunes devraient aussi vivre à partir de leurs idées, apprendre ce qui fait la priorité du marché.  Il y a des mentors qui peuvent les aider, je  les prie de se lancer sérieusement dans le travail de la quête de soi,  pour savoir et comprendre leur vocation, ce qu’ils  veulent faire.  Après la découverte de leur identité, ils seront appelés à travailler dur, à penser beaucoup et à être surtout clairvoyants. Le reste, il faut être confiant, savoir donner le temps au temps ; les bonnes choses arrivent avec la patience.

Propos receuillis par Steve Baragafise


Journal Ukuri n°135

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