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Les deux ex-maires Octavien Ngenzi et Tito Barahira condamnés à perpétuité dans un procès en appel en France

Les deux ex-bourgmestres de la Commune Kabarondo à l’Est du Rwanda, Octavien Ngenzi, 60 ans, et Tito Barahira, 67 ans, ont été condamnés à perpétuité hier peu avant 19 heures par la Cour d’Assises de Paris après deux mois d’un procès en appel au cours duquel cent témoins ont présenté leurs témoignages.


La Cour a reconnu qu’ils sont coupables de participation au Génocide des Tutsi dans leur commune de Kabarondo en 1994, et notamment dans l’Eglise de Kabarondo où deux mille Tutsi, femmes, enfants, adultes et vieillards, ont été sauvagement exterminés.

Les condamnés sont reconnus coupables de "crimes contre l'humanité" et "génocide", pour "une pratique massive et systématique d'exécutions sommaires" en application d'un "plan concerté tendant à la destruction" du groupe ethnique tutsi.

La Cour d’Assises de Paris faite de douze Jurés, à savoir neuf juges et trois magistrats professionnels, confirme le jugement rendu au premier degré. Il reste que les condamnés fassent un pourvoi en cassation endéans cinq jours.

Les deux maires ont animé des réunions incitant aux tueries dans la préfecture de Kibungo à l’Est. Ils ont coordonné les tueries dans leur commune de Kabarondo.

Durant le procès, des rescapés veufs et orphelins, et autres témoins, ont défilé devant les Jurés pour raconter les atrocités indicibles dans lesquelles les leurs ont péri. Augustin Ntarindwa et ses deux sœurs ont survécu au carnage. Mais leurs deux parents sont morts sous les coups des gourdins et des bombardements.

Les deux condamnés ont nié jusqu’au bout leur participation au pogrom de Kabarondo et au plus grand massacre dans l’Eglise du même lieu en date du 13 Avril 1994. L’Abbé Incimatata, témoin dans le procès, rapporte qu’environ deux milles Tutsi ont été pilonnés au mortier et découpés à la machette durant près de sept heures.

Les deux ex- maires se sont succédé à la tête de la commune de Kabarondo de 1976 à 1994. Ils ont été arrêtés en vertu de la compétence universelle des juridictions nationales pour les crimes les plus graves.

Après le verdict, ils ont été conduits dans leurs cellules de Fresnes et de Fleury-Mérogis où ils purgeront leurs peines.

Un fait inhabituel à noter : ce jeudi, juste un jour avant les délibérations, un des juge, une dame, a quitté la Cour, sous prétexte d’éviter des incompatibilités, car, depuis le début du procès, elle était entrée dans une liaison amoureuse avec un des avocats de la défense. La Cour l’a remplacée le lendemain.

L'accusation  avait désignés les condamnés comme des "artisans de la mort" ayant "pleine autorité" dans leur village, des rouages essentiels du génocide dans leur commune de Kabarondo.

Ce verdict est le deuxième rendu sur le Génocide des Tutsi après la condamnation de l'ancien capitaine de l'armée Pascal Simbikamgwa à 25 ans de réclusion criminelle.

Pour Alain Gauthier, président du Collectif des Parties Civiles Rwanda en France et initiateur de la plupart des enquêtes sur le Génocide au Rwanda, ce verdict est un appel à mettre fin à l’impunité pour ce qui a trait aux crimes de Génocide contre les Tutsi au Rwanda :

«Cette décision est juste et c'est un message: stop à l'impunité pour tous ceux qui ont pris part au Génocide et qui ont cru pouvoir se réfugier en France», a-t-il réagi. 

RNA


Journal Ukuri n°135

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