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Burundi: tourisme et développement durable

Le tourisme constitue désormais un secteur économique fondamental dans de nombreux pays développés comme dans des pays en développement, qui en font un facteur essentiel de leur développement. D'après l'O.M.T. les voyages internationaux se situent à la troisième place dans le classement des « GRANDS » secteurs du commerce mondial. Le chiffre d'affaires du tourisme n'est précédé que par ceux des industries de pétrole et de l'automobile. Mais aujourd'hui, le tourisme représente la première industrie de service dans le monde. Bref, c'est l'or blanc du troisième millénaire. Il favorise l'ouverture des grands chantiers d'avenir d'une nation.

L'impact économique du tourisme et des voyages est également considérable puisqu'ils sont à l'origine de la croissance de l'investissement en infrastructures et qu'ils constituent une source de devises d'une grande importance non soumises à des obligations d'achat et à des paiements déterminés.  De même à cause de sa nature diversifiée, le tourisme touche pratiquement tous les domaines de l'activité économique, il exerce une grande influence sur les autres secteurs tels que l'agriculture, la construction, l'artisanat, le commerce et surtout les services de transport.

Au Burundi, l’industrie du tourisme occupe la 4è place parmi les 5 produits qui assurent la croissance économique burundaise. Au niveau de l’EAC, le secteur d tourisme occupe à hauteur 8% du PIB et a 7 % des emplois permanents, dont 30% des services a l’exportation. Par sa situation géographique, le tourisme au Burundi dispose d’un potentiel extrêmement appréciable  avec des aires protégées, des réserves naturelles, des sites historiques, avec de nombreux lacs. Ces sites touristiques enregistrent un manque d’infrastructures pour accueillir les touristes dans de bonnes conditions. Ce secteur devrait être privilégié car il est un des secteurs clé qui pourrait contribuer au développement de l’économie.

Le secteur touristique, un grand consommateur des produits de l’artisanat

Le secteur touristique est le principal consommateur des produits de l'artisanat local, rural et urbain ainsi que pour le mobilier et l'équipement de base. Au Burundi, l'effet de tourisme ne s'arrête pas ici, aussi, il touche la société. Car il est un moyen de communication et d'échange culturel entre les peuples plus spécialement dans le tourisme de masse.

Malheureusement, les régions touristiques connaissent des mutations moins profondes qu'il n'y paraît. Elles s'ouvrent lentement sur l'extérieur, ce qui ne peut pas élargir les champs du dialogue entre les cultures et ouvrir de nouvelles perspectives à la coopération entre les hommes. Cette situation semble préoccuper le gouvernement :

« Pour assurer l’accroissement du nombre des touristes et l’accumulation de revenus significatifs, le gouvernement a adopté une Stratégie nationale de développement durable  du tourisme. Cette stratégie offre une opportunité unique pour démarrer une phase nouvelle de mise en  valeur des sites qui sont reconnus parmi les patrimoines culturels mondiaux. Cependant, il existe plusieurs sites qui pourraient favoriser le tourisme, mais par manque d’infrastructures hôtelières sur ces sites, le nombre de touristes a connu une évolution lente. », commente le bureau de publication de presse burundaise.

La démocratisation du tourisme, un phénomène majeur de la décennie 2010

 Mais, depuis peu, le tourisme s'imposait au Burundi comme un phénomène majeur du début de cette décennie. Les flux touristiques ne cessaient en fait de croître. Cette démocratisation du tourisme est due à une rapide croissance économique observée depuis les années 2005- 2010.

« L'urbanisation croissante des villes entraîne, aussi, un essor du désir d'évasion, en raison des contraintes spécifiques de la ville. Ces facteurs ont facilité l'accès au tourisme à toutes les catégories sociales. Ce qui traduit la transition d'un tourisme d'élite à un tourisme de masse. Cette forme de tourisme est concentrée principalement sur le littoral du Lac Tanganyika et en partie ceux du Nord du pays. La majorité des touristes cherche le repos et le soleil. Elle reposait sur le concept de la pensée unique qui a donné naissance à ce que l'on appelle le modèle des 4 S (Sun, Sea, Sexe, Sand). Ce produit reflète la volonté de passivité des touristes », a confié à Imburi Phare Media un expert local en art touristique.

En effet, selon l'Organisation Mondiale du Tourisme, le marché mondial est passé de 160 à 341 millions de touristes internationaux de 1970 à 1986, soit un accroissement de 113% en 15 ans, une croissance annuelle moyenne de 4,88%. Et comme le montrent les statistiques, le tourisme est une des industries qui a connu la plus forte progression au cours des dernières décennies. Mais si elle a des impacts économiques bénéfiques sur les régions visitées, cette croissance augmente indéniablement le risque d'effets nuisibles sur les écosystèmes. Ces derniers se retrouvent fragilisés par l'intérêt grandissant des touristes pour les régions relativement inexploitées et aux ressources naturelles uniques.

Bien plus, la prise en compte de l'ensemble des conséquences liées à la croissance des activités touristiques dans le pays ne s'est faite que récemment car l'observation de la réalité touristique a toujours été associée à une vision comptable. Comme si la coutume burundaise veut surtout que l'on ne s'intéresse dans le phénomène touristique qu'aux considérations quasi-exclusivement quantitatives (arrivées, recettes, consommation, etc.

« Pourtant, un site touristique repose sur ses dotations naturelles et culturelles. Son exploitation sans limite et sans respect entraîne un épuisement. Par conséquent, les limites de ce type de pratiques touristiques, exclusivement orientées par la rentabilité économique, sont, aujourd'hui, identifiées. Cette crise du paradigme unique s'accompagne de l'émergence de nouvelles demandes. Celles ci sont multiples, variées. Ces changements se recentrent sur la qualité, l'authenticité, la nature, les cultures...etc.’’ ajoute l’expert.  

Le développement durable, clé pour lutter contre les effets de tourisme de masse.

Au Burundi, pour faire face aux effets néfastes de tourisme de masse, le Burundi aura besoin d'une stratégie de développement durable dans le domaine du tourisme. Car le tourisme fait partie des secteurs économiques qui dépendent directement d'une gestion durable. Personne n'aime passer ses moments de loisir dans des paysages industriels dévastés ou contaminés. Pour cette raison, ce secteur dépend de la préservation de la nature et des paysages, de la conservation, du développement et de la création de valeurs culturelles ainsi que de l'attitude positive de la population locale à son égard :

« Le tourisme peut avoir pour résultat un transfert d'argent de régions plus riches vers des régions plus pauvres entraînant de ce fait une amélioration de la qualité de la vie. Il peut aussi ralentir le rythme de l'exode rural et soutenir indirectement l'agriculture dans les régions périphériques, en favorisant par exemple l'utilisation de matières premières et des produits locaux. C'est pourquoi le tourisme réfléchi représente un cas exemplaire dans la perspective d'une stratégie de développement durable. Les acteurs de ce secteur eux mêmes ont le devoir de s'intéresser à la mise en œuvre d'une telle stratégie car le nombre de nuitées en évolution progresse rapidement »

En fait, ajoute l’expert :

« le but de cette stratégie de développement durable consiste, par conséquent, à favoriser ses effets positifs et à limiter ses effets négatifs essentiellement en termes écologiques et sociaux. Même si le concept de développement durable est né des débats relatifs aux exigences écologiques, le caractère soutenable de la croissance ne se limite pas à ces dernières. De façon générale, il s'agit de prendre en compte non seulement le milieu physique mais aussi l'environnement social et culturel dans toute décision économique ».

Ainsi, mettant directement en relation les sphères économiques, politiques, socioculturelles et physiques, le tourisme trouve toute sa place au sein du débat de développement durable. Car, considérer le milieu avec toutes ses caractéristiques économiques, sociales, culturelles physiques, etc. Voilà ce qui doit guider les stratégies de développement. Ainsi, un tourisme durable serait l'organisation d'une véritable rencontre respectant les valeurs locales, la cohésion sociale et le milieu physique. Cette mise en relation présuppose des processus de coordination et de partenariat entre les acteurs impliqués.

La croissance touristique, l’éternelle équation pour le gouvernement.

S’il y a un secteur qui a été marqué par la crise de 2015, le tourisme vient en tête. Prise comme l’un des grands enjeux de stabilité et de légitimité du pouvoir, le gouvernement s’attèle à démontrer combien de fois il faudra venir investir au Burundi. Cet appel a deux calculs politiques : le secteur contribuera à booster les devises du pays et le pouvoir sera ainsi légitimé. Pourtant, selon l’expert :

« Une croissance touristique « soutenable » repose sur la mise en place de politique de qualité plutôt que celle d'une croissance quantitative. Son mode de développement requiert un comportement diffèrent des offreurs et de leurs visiteurs. Si l'on décide d'opter pour un tourisme durable, alors on aborde la complexité de la réalité puisqu'il faut observer les éléments composant un lieu avant de pratiquer une politique de développement touristique. Il faut prendre en considération la grande variété des sociétés humaines. Ainsi, il serait préférable d'adapter les politiques à l'extrême variété des sites en prenant en considération le milieu, la diversité des populations, et les cultures ».

Au fait, l’Etat devra proposer une piste de réflexion et de méthode, en suggérant une sortie des pratiques du développement et plus précisément dans le domaine du tourisme. Dans cette nouvelle lecture, il s'agira de mettre en évidence les limites du méga tourisme pour asseoir les bases d'un tourisme durable susceptible de générer des ressources spécifiques et d'harmoniser les impératifs économiques avec la sauvegarde des patrimoines culturels et naturels.

 

Steve Baragafise

 

 

 

 

 

 

 


Journal Ukuri n°136

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