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Burundi : L’ISTEEBU présente son rapport sur la situation nutritionnelle et la mortalité infantile

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Dans le cadre de sa mise en œuvre de sa deuxième stratégie de développement de la statistique, l’institut de Statistiques et d’Etudes Economiques du Burundi, en collaboration avec le Ministère de la Santé et de la lutte contre le sida et celui des Finances, du Budget et de la Coopération au Développement Economique vient de publier, pour cette année 2018, le rapport principal d’une enquête menée à  travers 46 districts sanitaires de tout le pays sur la situation nutritionnelle et la mortalité des enfants âgés de 6 à 59 mois.   

« Le souhait du gouvernement est que les informations contenues dans ce rapport comblent les attentes des acteurs du secteur de la nutrition pour les prises de décisions pertinentes visant à renforcer les actions déjà entreprises »,  lit-on dans le rapport. 

La situation de vulnérabilité des ménages est à la base de difficultés nutritionnelles chez la majorité des enfants.

Selon le rapport sur la situation nutritionnelle et la mortalité des enfants âgés de 0 à  49 mois, le Burundi, avec 64,6% de la population en dessous du seuil de pauvreté vit dans une vulnérabilité structurelle qui explique la situation nutritionnelle critique des enfants avec une prévalence élevée de la malnutrition chronique (56%), des maladies infantiles comme les infections respiratoires aigües (IRA), la diarrhée et la fièvre ; indique toujours ce rapport. Cette vulnérabilité préjudiciable à la survie et au développement de l’enfant est exacerbée par des chocs conjoncturels de plus en plus récurrents comme les crises alimentaires, les déficits pluviométriques, les déplacements de populations et les épidémies. La situation politique de 2015 avec ses répercussions économiques et le phénomène El  niño ont contribué largement à la détérioration de l’état nutritionnel des enfants depuis lors. L’année 2016 a été particulièrement difficile pour les enfants au Burundi avec une insécurité alimentaire qui a touché 2.100.000 personnes (FAO/Oct. 2016) avec des prévisions mauvaises pour la saison A 2017 : «  La prévalence de la malnutrition chronique est de 57,0%  avec 25,6% sous sa forme sévère. Ce taux de près de 6 enfants sur 10, est de loin supérieur au seuil d’alerte de 40% fixé par l’OMS. Les garçons sont plus affectés que les filles quelle que soit la forme avec 60,6%  contre 53,4% pour la malnutrition globale. Le taux de prévalence de la malnutrition aigüe est de 4,5% (4,2-4,8. La forme sévère est extrêmement rare à 0,5% (0,3-0,5) au niveau national. Les franges les plus affectées sont celles de 6 à 11 mois et de 12 à 23 mois. Elles sont plus touchées que les enfants plus grands de 24 à 59 mois. » indique le rapport. 

Cette situation fait naître un cortège de maladies pour les enfants en mauvaise alimentation.

Une fois mal nourri, l’enfant présente des difficultés de santé  inhérentes à la situation de malnutrition  comme l’indique le rapport :

« Les fréquences des signes de maladies infantiles sont très élevées. La toux est le symptôme le plus souvent rapporté avec 55,5%  des enfants qui ont souffert d’un épisode pendant les 15 jours qui ont précédé l’enquête. Seuls 32,7%  n’ont présenté aucun des trois symptômes tandis que 12,6%   ont souffert de tous les trois signes au cours des 15 jours précédant l’enquête.  Pour la fièvre, la fréquence nationale est de 47,6% alors que d’autres districts sanitaires comme Kayanza et Vumbi dépassent le seuil de 50% ayant eu un épisode fébrile »

 Cette situation est réconfortée par des conditions de vie dans les zones rurales qui sont dures et qui se caractérisent par des taux élevés de pauvreté et des revenus faibles des ménages.

Ainsi, la situation nutritionnelle des enfants en février 2018 est "précaire" pour la malnutrition aigüe (4,9%), "sérieuse" pour l’insuffisance pondérale (30,0%) et "critique" pour le retard de croissance (57%) au niveau national. En réponse à cette situation préoccupante , le Gouvernement Burundais et ses partenaires ont renforcé leurs interventions en nutrition en faveur de la prise en charge des cas de malnutrition aigüe au niveau des services de stabilisation dans les hôpitaux pour les cas de malnutrition associés à des complications médicales, les Services Thérapeutiques Ambulatoires (STA) pour les cas sévères sans complications médicales en traitement ambulatoire et les Services de Supplémentation Nutritionnelle (SSN) pour la poursuite du traitement en ambulatoire des cas modérés. Quant au taux de mortalité, cette enquête vient de produire des données sur le Taux Brut de Mortalité (TBM) et le taux de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans aux niveaux national et provincial : «Ce dernier est de 0,38 décès pour 10 000 personnes par jour. Au niveau de la population en générale, ce taux est de 0,20 décès pour 10 000 personnes par jour»,  indique le rapport. 

Cependant, le pays dispose désormais de données de référence sur la mortalité pour la planification des études ultérieures bien qu’il fait toujours face aux effets conjugués d’une alimentation insuffisante et peu diversifiée et d’une fréquence si élevée des maladies infantiles qui génèrent sans doute des impacts sur les nourrissons qui servent de lit pour le retard de croissance. Il faut signaler que la présente enquête a le mérite d’avoir une couverture nationale avec une représentativité au niveau des 46 districts sanitaires permettant de mettre à jour les données nutritionnelles existantes et de fournir des informations récentes sur les pratiques d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant ainsi que sur les fréquences des principales maladies infantiles.

De façon globale, l’enquête a permis d’évaluer la situation nutritionnelle des enfants âgés de 6 à 59 mois au Burundi pour contribuer à une meilleure prise en charge des problématiques nutritionnelles. Il a été constaté que la malnutrition chronique reste un problème majeur de santé publique au Burundi. Les provinces les plus touchées sont Kayanza avec 61.7%, Kirundo avec 61,0% et 20,7% pour la Mairie de Bujumbura. 

Des perspectives de solutions ont été dégagées dans ce rapport

Le rapport principal sur la situation de malnutrition et de mortalité des enfants âgés de 6 à 59 mois a dégagé certaines recommandations utiles pour relever les défis en cours. Ainsi, eu égard à la complexité des problématiques de sécurité alimentaire et de nutrition au Burundi, il serait envisageable, estime le rapport, de conduire une étude qualitative pluridisciplinaire et intersectorielle pour comprendre davantage et mieux répondre aux principaux déterminants déclenchant ou favorisant la persistance de l’insécurité alimentaire, des faibles scores de consommation et des forts taux de prévalence de la malnutrition.

 Le rapport indique que pour la relative pauvreté de la diète des ménages en général et des jeunes enfants en particulier, il serait souhaitable de développer et d’étendre les projets et programmes visant à promouvoir la production locale et la consommation d’aliments riches et d’aliments fortifiés localement y compris, à petite échelle, au niveau communautaire.

Ce rapport recommande aussi de passer à l’échelle nationale le programme de fortification à domicile par les poudres de micronutriments avec un objectif de couverture d’au moins 90% des enfants 6-23 mois et de développer le partenariat avec le Secteur Privé pour la promotion de la production des farines infantiles enrichies locales et accessibles pour les ménages afin de renforcer l’alimentation de complément. En outre, ce rapport recommande également d’intégrer les programmes de nutrition, de Sante communautaire (Iccm), Agriculture sensible à la Nutrition, d’Eau d’Hygiène et d’Assainissement avec les programmes de Protection sociale, de soutenir et de renforcer les activités de nutrition communautaire notamment à travers les FARN mettant un accès particulier sur l’alimentation de complément aux nourrissons.

Il faudra rapprocher les points de recours aux soins pour les enfants en soutenant les activités communautaires de prise en charge intégrée des maladies de l’enfant et Poursuivre les activités de prise en charge de la malnutrition aigüe ainsi que soutenir et/ou mettre en œuvre des projets et programmes de développement orientés vers la lutte contre la malnutrition chronique, conclut le rapport.

Steve Baragifise 

Journal Ukuri n°138

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