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Crise anglophone au Cameroun : la sécession n’a pas eu lieu !

C'est une entaille qui va laisser des traces dans l'unité du Cameroun et qui accentue la crise larvée dans les régions anglophones. Au point qu'à la fin de la journée de dimanche, Paul Biya, le président camerounais qui cultive d'habitude le silence, s'est fendu d'un communiqué lapidaire mais saisissant, diffusé en français et en anglais, sur les réseaux sociaux.

Temporisation présidentielle après un week-end électrique

« Je condamne de façon énergique tous les actes de violence, d'où qu'ils viennent, quels qu'en soient les auteurs. [...]. Que l'on se comprenne bien, il n'est pas interdit d'exprimer des préoccupations dans la République. En revanche, rien de grand ne peut se construire dans la surenchère verbale, la violence de rue et le défi à l'autorité. Seul le dialogue serein permet de trouver et d'apporter des solutions durables aux problèmes »

Avant cette annonce présidentielle de temporisation, le 1er Octobre, journée de toutes les peurs, a été électrique. Face à un impressionnant dispositif de police, les séparatistes ont bravé le couvre-feu dans les régions Sud-Ouest ou Nord-Ouest pour tenir leur promesse de décréter unilatéralement l'indépendance des régions anglophones.

Le week-end a été sanglant suite à des heurts entre les manifestants et l'impressionnant dispositif de sécurité que les autorités en place à Yaoundé ont déployé à Bamenda chef-lieu du Nord-Ouest et à Buéa dans le Sud-Ouest. En plus de plusieurs blessés admis en urgence dans les hôpitaux, des sources médicales signalaient, samedi déjà, la mort d'un jeune homme à Kumba dans le Sud-Ouest. Il s'y ajoute, dans un bilan non encore confirmé par les autorités, deux morts à Ndop, localité proche de Bamenda, dans ce qui seraient « des tirs à balles réelles » des forces de sécurité.

Le rapport n'a pas encore été établi mais la tentative d'évasion à la prison de Kumbo, violemment matée par les garde-pénitenciers, s'est soldée par la mort de trois détenus et trois blessés tandis que le reste des prisonniers a été transféré à la prison centrale de Bamenda. Une autre personne a été tuée dans la même localité.

Fédéralisme ou décentralisation face aux risques de sécession?

Un peu plus tôt dans la matinée, après une déclaration symbolique d'indépendance sur les réseaux sociaux, certains militants ont tenté de hisser sur les mâts des édifices publics le drapeau bleu et blanc de l'Ambazonie en remplacement du vert-jaune-rouge du Cameroun. L'Ambazonie, c'est ce territoire à cheval sur le Nigéria et le Cameroun autrefois sous administration britannique, réuni à la République du Cameroun lorsque le pays adopte le 1er octobre 1960, l'Etat unitaire.

Cette date a donc été choisie par les indépendantistes pour décréter un nouvel Etat qui engloberait les régions anglophones. Sisiku Ayuk, leader séparatiste radical a même commis l'imprudence de s'autoproclamer « président » de l'Ambazonie. Mais la sécession n'a pas eu lieu.

Avec la journée de dimanche, la contestation dans les régions anglophones qui dénoncent leur marginalisation par Yaoundé, a franchi un nouveau cap. Les séparatistes ont pu tester leur capacité de s'opposer au pouvoir central. Avec le durcissement du dispositif policier, la colère risque d'exacerber les tensions. Pour calmer la crise qui couve depuis onze mois, certains osent à peine lancer l'idée du fédéralisme. En plus d'une vraie offre de développement des régions rebelles, d'autres proposent une décentralisation poussée.

L'Afrique Tribune