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Quand l’Ambassadeur de Belgique dresse le bilan de son séjour de trois ans au Rwanda

Au terme de sa Mission de trois années passées au Rwanda, l’Ambassadeur de Belgique, Arnout Pauwels, dresse le bilan de ses réalisations et apprécie les nombreux résultats déjà atteints par ce pays en matière de développement économique, bien qu’il y ait encore plus à accomplir. Puis il aborde les aspects de la coopération entre la Belgique et le Rwanda, ainsi que le souvenir qu’il emporte du Rwanda. Lire l’interview exclusive qu’il a accordée au journaliste André Gakwaya de ARI.

Agence Rwandaise d’Information (ARI)- Quel bilan de votre séjour de trois ans au Rwanda voudriez-vous dresser ?

Ambassadeur Arnout Pauwels (A.P) – Il y a différents domaines, la politique, la coopération, les personnes. Pour la coopération mon bilan s’inscrit dans la continuité de la mise en œuvre des Programmes d’Energie, de la Santé et du Renforcement des Administrations Locales.

Au niveau de l’Energie, on a continué la construction des lignes électriques dans la Province de l’Est en même temps que le renforcement des capacités de REG (Rwanda Energie Group) ou Office rwandais en charge de l’Energie.

Au niveau de la Santé, un secteur dans lequel on était actif au Rwanda depuis 50 ans, on est le seul bailleur à contribuer directement au budget du Ministère de la Santé. On construit, on aide avec la gestion, et on est aussi actif dans la Santé Mentale, tous à travers les structures rwandaises. Il y a aussi le renforcement des capacités locales dans huit districts, notamment au niveau des projets pilotes pour renforcer le développement économique. Dans ces trois domaines, la mise en œuvre se poursuit jusqu’en 2018 -2019. A part un petit projet en énergie pour appuyer le Secteur Privé, tous les Accords bilatéraux avec les Gouvernements sont signés.

Donc une fois qu’on a avancé encore dans la mise en œuvre, les deux Gouvernements vont évaluer s’il faut ou non continuer le programme de coopération, et dans quels domaines et quelle sera l’ampleur.

Je suis, en termes de bilan, fier. Parce que j’ai mis en avant l’importance d’un focus sur les Droits de la Femme dans la mise en œuvre des programmes et des politiques, et dans le dialogue avec le Gouvernement à plusieurs niveaux et avec plusieurs Ministères.

Mes Ministres, tant des Affaires étrangères que de la Coopération, estiment que pour qu’une société puisse se développer pleinement, il faut l’apport de chacun et de chacune. Pour que la femme contribue au développement, il faut des droits nécessaires dans plusieurs aspects. Et pour que cet apport puisse avoir lieu, il faut que l’individu, la femme puisse exercer pleinement ses droits, que les capacités de la personne soient renforcées.

Par exemple : la femme doit être protégée contre la violence intra-familiale. Elle doit avoir l’espace pour lancer une entreprise au niveau du développement économique. Elle doit avoir la possibilité, avec le mari, de décider si oui ou non il faut avoir des enfants, et combien et sur quelle durée. Ceci est très important pour le Rwanda. On en parle maintenant un peu plus dans la communauté des donateurs et dans les projets. Tout le travail a été fait avec mon équipe. C’est un élément sur lequel je suis plus satisfait.

Au niveau politique, pendant trois ans, j’ai pu constater qu’il y a eu un contact relativement régulier à plusieurs niveaux : le Président Kagame, notre Premier Ministre et les Ministres des Affaires étrangères, de la Coopération, de la Jeunesse et ICT, de la Santé. Et des contacts aussi au niveau des Ambassadeurs à Bruxelles et à Kigali.

Dans ces contacts, on a pu échanger sur le contenu de nos relations bilatérales sur des projets concrets, sur la situation régionale et internationale. Exemple : La réforme de l’UA, un projet mené par le Président de la République. Donc, on a de bonnes relations politiques. On a géré le quotidien. On a constaté qu’on partage des préoccupations humanitaires. A certains moments, on a partagé les préoccupations sur la situation au Burundi.

Ces trois années pour moi ont été terminées par l’Election Présidentielle et le processus de cette Election. L’UE s’est prononcée au nom des 28 pays membres. On a constaté une participation massive de la population, mais aussi des irrégularités au niveau du comptage, qui sont peut-être minimes. Mais il y a lieu de vérifier comment faire mieux à l’avenir.

L’UE a partagé ses observations avec quelques missions et la Commission Electorale Nationale (NEC). Et la NEC nous a remerciés pour ces observations. On a fait aussi référence à l’observation faite par la mission de l’UA qui parle entre autres du financement de la campagne.

Un autre élément que je pourrais qualifier comme positif, c’est l’augmentation du nombre  de visiteurs rwandais à destination de l’Europe. L’Ambassade de Belgique exécute les services de demandes de visas pour une vingtaine de pays de l’UE. On a constaté une augmentation du nombre de demandes. J’ai mis une attention particulière à la qualité du service rendu aux demandeurs venant du Rwanda et des Kivus. 85% de demandes des Rwandais sont approuvées. Nous essayons d’accompagner les demandeurs qui en ont encore besoin pour compléter le dossier. Je pense que le voyage vers l’Europe est une expression indéniable, très concrète de ce qui lie le continent africain à l’Europe.

Et peut-être un dernier élément au niveau bilatéral, j’ai pu accompagner des activités dans le secteur de l’industrie créative et des arts : mode, création de vêtements, la vente, la fabrication, la présentation. On a échangé du savoir-faire. On a fait venir des musiciens, des personnes de théâtre  et de la danse. On a aussi soutenu des artistes rwandais, des jeunes peintres, hommes et femmes. Ici, c’est l’art et la culture, et l’échange avec les personnes, c’est cela qui m’a laissé un souvenir très positif.

ARI- Quelle est l’image que vous emportez du Rwanda ?

A.P – L’image que j’emporte du Rwanda ? Un diplomate n’est qu’un visiteur temporaire. Il a le plaisir et le privilège de séjourner plusieurs années dans un pays. Ses impressions restent forcément relativement superficielles. Vous été un Peuple travailleur, ouvert, chaleureux, avec un peu de l’humour, surtout une fois qu’on a dépassé les courtoisies du premier moment. Un pays en plein développement socio-économique, qui a déjà atteint beaucoup. Mais comme l’a dit le Président Kagame, il y a encore un long chemin à faire.

Le Rwanda reste malheureusement un pays pauvre, avec une population pauvre, même si le pays a fait des progrès.  Mais les idées politiques sont là. Dans cinq, dix ans, on verra les progrès réalisés et où va se trouver le pays. Fondamentalement, je pars du Rwanda avec un sens d’espoir pour l’amélioration des conditions de vie du Peuple rwandais qui a la chance de vivre  dans un très beau pays, avec un climat tempéré, même si parfois certaines zones souffrent de sécheresses, avec des impacts négatifs pour l’agriculture.

ARI- Pensez-vous que le Rwanda peut être un exemple en Afrique et dans le monde sur certains aspects ?

A.P – Je crois que certains pays peuvent être des modèles pour d’autres sur certains aspects, certaines politiques, certaines approches. Il est  clair que pour un certain nombre de choses bien connues, d’autres pays en Afrique et dans le monde regardent avec étonnement et admiration l’Etat du pays et son trajet. Non seulement le trajet qu’il a fait, mais aussi le talent.

Je crois qu’il faut mentionner le Génocide d’il y a 23 ans. C’est très peu de temps certes, 23 ans. Là aussi, c’est avec étonnement et admiration qu’on regarde comment la population vit ensemble. Aujourd’hui, j’ai lu un Article dans le Journal New Times où il est question d’une victime et d’un ex-bourreau qui se sont réconciliés. Le bourreau a demandé pardon.

Le Génocide a été un événement qui est peut-être unique dans l’histoire. D’innombrables personnes ont perdu leur vie surtout dans des circonstances absolument atroces, incompréhensibles.  Cela laisse perplexe même après 23 ans. Certes, il faut savoir tourner la page, mais cela ne veut pas dire oublier. C’est un processus qui est mené ensemble par la population entière, par le pays. Ensemble, vous prenez la décision et la route qui s’imposent.

Donc, le souvenir du Rwanda reste un pays marqué par une Tragédie. Il n’y a que le silence et le respect pour les victimes qui, en fin de compte, est important.

Et dans ce cadre, je peux dire aussi que la Belgique est un des pays les plus actifs au niveau du combat contre l’impunité pour ceux sont suspectés d’avoir été complices dans ce Génocide. Il y a eu des procès en Belgique. Il y a d’autres en préparation; ça prend du temps malheureusement. Mais on avance au cas par cas. C’est la coopération judiciaire qui continue à progresser comme autre élément de renforcement des relations de coopération entre les deux pays.

Et donc, quand on a été diplomate dans un pays, on reste marqué par cette période. On ne peut pas être bon diplomate sans qu’on a senti le pays et établi certains rapports avec lui. Il est clair que pour moi, je n’oublierai pas le Rwanda. Et je garde d’excellents souvenirs et des liens d’amitié que j’ai pu établir avec les différentes personnes de toutes les couches dans différents coins du pays.

Agence Rwandaise d’Information