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Rwanda: Les agriculteurs réclament une banque agricole

Les agriculteurs rwandais réclament la création d’une banque de développement agricole dans le pays citant des conditions rigoureuses et prohibitives d’accès au crédit auprès des banques commerciales.

Pour un secteur qui représente 30% du PIB du pays et qui emploie environ 70% des Rwandais, l’agriculture a besoin d’une banque spéciale pour débloquer son potentiel. Selon les agriculteurs cela permettrait au secteur qui représente environ 50 pour cent des recettes des exportations de devenir un moteur majeur du programme de croissance du pays.

Theopiste Nyiramahoro, président de la Fédération des coopératives de café du Rwanda, a déclaré la semaine dernière que les banques commerciales établissaient des conditions très exigeantes qui bloquaient de nombreux agriculteurs, et quand ils finissent par obtenir le crédit, il est trop tard pour avoir un impact sur leurs activités agricoles.

Elle a donné un exemple de stations de lavage de café où la plupart, sinon tous, ont besoin d’argent pour le mois de décembre de chaque année au plus tard pour pouvoir payer aux agriculteurs qui leur fournissent des grains de café.

En raison du manque de compréhension des conditions dans lesquelles opèrent les travailleurs de la chaîne de valeur agricole, les banques retardent souvent le déboursement de l’argent, a-t-elle déclaré.

« Certaines stations de lavage de café recourent à la vente de leurs produits à des prix bas afin de pouvoir payer les agriculteurs qui veulent être payés avant que la nouvelle saison ne commence pour compenser leurs propres coûts », a-t-elle déclaré.

Theopiste Nyiramahoro a déclaré que les garanties que les agriculteurs proposent – des terres et d’autres biens immobiliers – sont souvent rejetées par les banques. Toutes ces questions, a-t-elle dit, expliquent la nécessité de la création d’une banque agricole.

Selon les informations fournies par la Banque Rwandaise de Développement (BRD), la valeur des terres en garantie est dévaluée à un dixième, ce qui signifie que les terres d’une valeur de 10 millions de francs, par exemple, sont évaluées à 1 million de francs en raison de la volatilité de l’évaluation des actifs fonciers.

La faiblesse des prêts accordés au secteur est en partie attribuée à divers risques liés à l’agriculture tels que les maladies des cultures et du bétail, la sécheresse et les précipitations qui nuisent aux rendements.

D’après Vincent Havugimana, président de Potato Farmers Cooperatives, la création d’une banque agricole est une nécessité. Il a déclaré que, si la banque est mise en place, les agriculteurs pourront avoir des parts et être représentés dans le conseil d’administration, ce qui favoriserait leurs intérêts aux échelons supérieurs de la banque.

Normalement, a-t-il dit, un agriculteur doit rembourser un prêt mensuellement alors qu’il reçoit de l’argent de ses produits après une saison (environ quatre à six mois), ajoutant que les conditions de paiement actuelles constituent un défi pour les agriculteurs.

« Nous voulons rembourser des prêts à chaque fin de saison. Cela peut nous aider à mieux planifier », a-t-il déclaré. « Si un agriculteur a la garantie de payer après une saison, il peut attendre et vendre ses produits à un bon prix au lieu de le vendre au rabais », a-t-il déclaré.

En outre, une banque de développement agricole pourrait accorder aux agriculteurs un crédit à un taux d’intérêt beaucoup plus bas, soit environ 13%, par opposition à la moyenne de 19% que les banques commerciales exigent, a-t-il ajouté.

Christine Murebwayire, présidente de la Chambre de l’agriculture et de l’élevage de la Fédération du secteur privé, a admis qu’une banque spécialisée pour l’agriculture est nécessaire, en citant des pays comme le Kenya, la Chine et le Japon, où de telles institutions existent.

Des prêts abordables, a-t-elle dit, seraient utiles pour l’achat de semences et d’engrais, ainsi que pour l’utilisation de technologies d’irrigation qui sont essentielles pour accroître la productivité si elles sont utilisées à temps.

Elle a toutefois ajouté que dans le cas où l’idée d’une banque de développement agricole n’est pas réalisable, les coopératives d’épargne et de crédit « Umurenge SACCO », structurellement plus proches des consommateurs, devraient être chargées d’introduire un produit spécial pour les agriculteurs sur des termes plus amicaux.

La BRD est la seule institution financière actuelle qui se rapproche de la promotion de l’agriculture de manière tangible. Dr Livingstone Byamungu, responsable des investissements à la BRD, a déclaré avoir un service à part entière chargé du financement agricole, expliquant que les agriculteurs peuvent accéder au crédit à la BRD ou à travers des institutions de microfinance ou les SACCO qui travaillent avec la banque pour soutenir les agriculteurs.

Interrogé sur le fait que le Rwanda a besoin d’une banque de développement agricole, il a répondu qu’il s’agissait d’une proposition valable, mais a ajouté que « même en l’absence d’une telle institution, le gouvernement peut faire plus pour mobiliser davantage de ressources pour soutenir le prêt agricole ».

Cependant, le gouvernement dit qu’il ne considère pas actuellement l’idée d’une banque agricole. Claver Gatete, ministre des finances et de la planification économique, a déclaré: « Nous travaillons plutôt sur (l’idée d’établir) une banque coopérative. Nous travaillons avec FinTech pour lier tous les SACCO comme condition préalable à l’obtention d’une banque coopérative. Nous sommes très avancés dans ce processus et l’objectif est de mettre la banque en place d’ici la fin de l’année 2017 ».

Au cours des dernières années, le gouvernement a également accordé un soutien aux agriculteurs par le biais Business Development Fund, qui offre une garantie partielle aux demandeurs de prêts, y compris les agriculteurs. Cela se fait par le biais de différentes banques commerciales. En novembre 2016, le Fonds avait fourni près de 30 milliards de francs en garantie pour des projets agricoles.

Alain Billen